L’Intéroception, les pratiques contemplatives, et la santé

« intéroception, contemplative practice, and health »

Norman Farb, University of Toronto Mississauga, Mississauga, ON, Canada,

Jennifer Daubenmier, University of California San Francisco, San Francisco

Cynthia J. Price, University of Washington, Seattle, WA, USA,

Tim Gard, Maastricht University, Maastricht, Netherlands,

Catherine Kerr, Brown University, Providence, RI, USA,

Barnaby D. Dunn, University of Exeter, Exeter, UK,

Anne Carolyn Klein, Rice University, Houston, TX, USA,

Martin P. Paulus University of California San Diego, La Jolla, CA, USA

Wolf E. Mehling, University of California San Francisco, San Francisco

Traduction : Florian JOURNOT – fluxdevie.net

 

L’intéroception peut être définie comme sensation des signaux d’origine intra-corporelle. Ainsi, l’intéroception est cruciale pour nos sentiments d’incorporation, de motivations, de bien-être. Et pourtant, malgré son importance, l’intéroception reste peu compréhensible par les sciences modernes. Cet article passe en revue les perspectives transdisciplinaires sur l’intéroception, dans le but de présenter une perspective cohérente à partir de divers champs tels que les neurosciences, la pratique clinique, et les études contemplatives. Cet effort d’intégration devrait permettre de faire avancer notre compréhension sur la manière dont l’intéroception conditionne le bien-être, et d’identifier les principaux défis d’une telle compréhension. Dans ce but, nous proposerons une taxonomie développée des processus intéroceptifs, avec comme argument que beaucoup de ces processus peuvent être compris à travers un modèle émergent de codage prédictif pour l’intégration corps-esprit. Ce modèle, qui décrit la tension entre les sensations corporelles ressenties et attendues, met en parallèle les théories contemplatives, et envisage l’implication de l’intéroception dans une variété de troubles affectifs et psychosomatiques. Nous concluons que c’est une construction mal adaptée des sensations corporelles qui repose au cœur de nombreuses maladies contemporaines, et que les pratiques contemplatives atténuent ces biais dans l’interprétation sensorielle, en restaurant le sens de la présence de la personne et sa relation au monde.

Introduction

Introduction à l’intéroception

L’intéroception est le processus de réception, d’accès et d’évaluation des signaux corporels. Le maintien des états physiologiques désirés est crucial pour la survie de l’organisme, et l’intéroception est ainsi un puissant motivateur du comportement pour la recherche de ces états. ( Craig 2002 ; 2009). Tandis que que l’intéroception comme objet de l’attention a été définie plus étroitement comme la représentation des sensations corporelles afférentes ( Craig 2003 ; Critley et al. 2004), des définitions plus larges envisagent l’intéroception comme une construction multidimensionnelle qui prends aussi en compte la manière dont les personnes assistent, évaluent et répondent à ces sensations. ( (Vaitl, 1996; Cameron, 2001; Verdejo-Garcia et al., 2012). L’intéroception est prise en charge par des voies neurologiques de mieux en mieux connues avec des représentations corticales dédiées proches des sens externes. (Craig, 2002; Critchley et al., 2004; Critchley and Harrison, 2013), bien que la nature d’une telle représentation est résolument plus mystérieuse, et demande des investigations empiriques.

L’intéroception est un processus répétitif, qui requiert une réciprocité entre la perception d’états corporels et leurs évaluations cognitives, pour aviser des réponses sélectives. Les signaux sensoriels afférents interagissent continuellement avec des représentations cognitives de plus haut niveau : buts, histoire et environnement, générant l’expérience émotionnelle et motivant les comportements régulateurs. (Craig,2009). Ensemble, ces répétitions génèrent un sentiment de soi-même, chargé avec un « contexte de motivation». (Damasio, 2003b). Un tel contexte a alors la possibilité de déclencher les tendances de rapprochement ou d’évitement, ainsi ces ces interactions ont des implications importantes pour le bien-être (Beck, 2008). Inversement, les expériences de la vie affectent l’intéroception : la disponibilité et la pertinence des représentations corporelles sont gérées par des facteurs tels que les repères attentionnels (Ainley et al., 2012), l’entraînement contemplatif tel que le Yoga, Taï-chi, etc. (Bornemann et al., 2014) et l’âge de la personne (Khalsa et al.2009). La manière dont les processus de l’intéroception sont formés par l’expérience est donc importante à comprendre, pour les efforts de recherche dans le bien être et la résilience au stress.

L’intéroception et le Bien-être.

Une raison connue pour laquelle l’intéroception, faculté perceptive, est mise en relation avec le bien être est sa connexion intime avec l’auto-régulation, ayant probablement évoluée pour aider les organismes à maintenir l’homéostasie. (Paulus, 2007; Herbert and Pollatos, 2012; Craig, 2013; Gu and Fitzgerald, 2014). Dans la vie moderne, les signaux corporels à valence émotionnelle sont aussi connus pour contribuer à élargir les états d’humeur qui soutiennent l’équilibre émotionnel. (Paulus and Stein, 2006; Craig, 2007; Seth, 2013). Dans la mesure où une personne est sensible aux signaux intéroceptifs, de tels signaux guident la prise de décision. (Dunn et al., 2010) Encore que, une haute sensibilité n’est pas sans contrepartie : lorsque les sensations corporelles sont défaillantes, comme pour les personnes avec une hyper mobilité articulaire, de plus grandes sensations corporelles peuvent aussi contribuer à ressentir de l’anxiété . (Mallorquí-Bagué et al., 2014). Ainsi, la sensibilité à l’intéroception pourrait soit soutenir soit perturber le bien-être, ce qui suggère la nécessité d’une orientation dans la régulation des signaux viscéraux les plus saillants.

Parallèlement aux découvertes des sciences cliniques modernes, les sciences contemplatives traditionnelles suggèrent que la prise de conscience des processus intéroceptifs est importante pour l’adaptation comportementale (Wallace, 2007), perturbant la perception sur-apprise, et les habitudes d’interprétation formées au cours du développement cognitif et la direction du comportement par des intentions de niveau complexe (Vago and Silbersweig, 2012). Lorsque l’incorporation de soi-même est plus complètement prise en conscience à travers l’attention aux interactions intéroceptives en cours, deux sentiments complémentaires apparaissent : la Présence, qui relie à l’instant, et la L’Aptitude , la capacité de changement effectif, qui sont fondamentales pour permettre un sentiment de bien-être (Seth et al2011). Pour dessiner la pertinence salutaire de l’intéroception, la recherche doit donc se tourner vers une intégration des champs sensoriels et affectifs, dans un vaste contexte de motivations .

La motivation de cet article.

Dans les dernières décennies, les mécanismes de l’attention intéroceptive, l’importance des indices intéroceptifs pour la santé psychique et physique, et le développement d’habitudes intéroceptives saines, sont devenues des sujets d’investigations actifs. Toutefois, la perspicacité dans ces trois domaines est rarement réunie, limitant la progression de la compréhension de leur signification globale. En Avril 2013, les auteurs se rencontrèrent pour discuter de l’intéroception à travers de nombreuses perspectives – incluant les neurosciences, la psychologie clinique et sociale, les soins alternatifs et complémentaires, la médecine, le Bouddhisme et les études contemplatives. Notre objectif est de mieux expliquer la manière dont l’information intéroceptive peut être masquée ou révélée à l’attention consciente, la manière dont notre évaluation d’un niveau donné d’attention intéroceptive contribue au bien-être, et quel rôle les pratiques contemplatives pourraient jouer dans ces processus.

Ici, nous tentons d’intégrer les théories intéroceptives contemporaines à partir de ces perspectives variées, dans l’espoir d’améliorer la précision des concepts de l’intéroception, et d’identifier les prochaines étapes pour avancer dans ce domaine. Premièrement, nous définissons l’intéroception à partir de perspectives scientifiques et contemplatives, en nous concentrant sur un modèle de codage prédictif de représentations qui grandit en popularité dans la communauté scientifique. Puis, nous discutons le rôle de l’intéroception dans le bien-être physique et psychique, notamment en ce qui concerne les preuves cliniques qui se font jour. Troisièmement, nous explorons la manière dont les pratiques contemplatives pourraient interagir avec les processus de l’intéroception pour améliorer le bien-être de chacun et le lien relationnel avec les autres. Finalement, nous résumons les résultats remarquables dans l’étude de l’intéroception, et indiquons des recommandations pour les recherches futures.

L’intéroception dans la Psychologie, les Neurosciences,

et les Traditions contemplatives.

Vers une science de l’intéroception

L’étude scientifique du cerveau, de l’esprit et du corps, fournit un cadre pour des modélisations objectives de l’intéroception. Les études neuroanatomiques ont identifié les chemins qui permettent et modulent les représentations intéroceptives, et en tant que tels, peuvent être impactés de manière mesurable par la psychopathologie ou les pratiques contemplatives. Ce système comprends des recepteurs périphériques, fibre-C afférentes, projections spino-thalamiques, noyaux thalamiques spécifiques, insula antérieur et postérieur tels que le cortex sensoriel limbique, et le cortex cingulaire antérieur (ACC) tel que le cortex moteur limbique. (Vaitl, 1996; Bush et al., 2000; Vuilleumier, 2005; Critchley and Harrison, 2013). Parfois, les définitions de l’intéroception s’étendent au-delà des afférents viscéraux (Sherrington, 1906), pour inclure des afférents provenant d’autres récepteurs corporels profonds, tels que les C-tactile récepteurs somatiques de la peau qui sont associés aux sensations internes de chaleur et plaisir à partir d’un toucher doux (Björnsdotter et al., 2009), en passant par les chemorécepteurs, les entrées proprioceptives, et des sites inattendus ou encore peu connus, tels que des cellules photoréceptrices récemment découvertes dans les yeux (Lucas, 2013).

Les voies anatomiques de l’intéroception sont clairement établies, détaillant les connections entre les récepteurs sensoriels, l’épine dorsale, le tronc cérébral et le cerveau. (Craig, 2002). Les concentrations de neurotransmetteurs dans l’insula et le cortex cingulaire antérieur (ACC) en particulier, ont été associées à l’attention subjective intéroceptive et au sentiment subjectif de bien-être (Ernst et al., 2014; Wiebking et al., 2014). Toutefois, la manière dont sont construites de telles représentations neurales, et les mécanismes par lesquels elles influencent la cognition restent floues. La plupart des recherches se sont étroitement concentrées sur l’attention intéroceptive, qui pourrait n’être qu’un aspect du processus intéroceptif. Des constructions interdépendantes mais distinctes comme les tendances de l’attention intéroceptive, la sensitivité, la cohérence entre la physiologie et l’expérience subjective, la précision, les habitudes régulatrices pourraient toutes émerger comme des propriétés importantes de la propagation d’information et l’intégration à travers les réseaux intéroceptifs. (Encadré 1).

S’ajoutant à cette complexité, de multiples sous-systèmes intéroceptifs opèrent en même temps

et pourraient chacun offrir différentes facultés et tendances. Il y a certaines preuves de facultés intéroceptives générales et multimodales : la perception des battements cardiaques est corrélée à la sensitivité gastrique (Herbert et al., 2012b), et parfois avec la sensitivité à la douleur dans certaines études (Pollatos et al., 2012), mais pas dans d’autres (Werner et al., 2009). En outre, les relations entre les constructions intéroceptives dans des domaines tels que le battement cardiaque, le glucose sanguin, la respiration, la température et d’autres modalités, sont largement inconnues. Ces vides dans la compréhension pourraient être du fait que la plupart des études de l’intéroception évaluent avec précision des modalités isolées, et ne mesurent pas des constructions en relations telles que les habitudes de l’attention, l’aptitude à la régulation, ou la sensibilité aux variations de signal, toutes celles qui convergent à la prise en charge de l’attention intéroceptive.(Ceunen et al., 2013).

La reconnaissance de la nature multimodale et multi-facette de l’intéroception est importante, car l’examen de ses facteurs pris séparément peut conduire à des inférences fausses. Par exemple, la connaissance que les méditants ont une tendance forte à l’intention intéroceptive pourrait amener certains à attendre d’eux qu’ils disposent d’une précision supérieure dans la perception de battements cardiaques, ce qui est une idée contredite par des recherches récentes à ce sujet. (Khalsa et al., 2008; Parkin et al., 2013). Les bénéfices d’une attention intéroceptive dans un domaine particulier comme la respiration ou la vigilance corporelle semble donc indépendante d’une amélioration générale de la précision de l’intéroception. Au lieu de cela, les pratiques méditatives apparaissent favoriser des changements dans des sous-ensembles plus spécifiques de facultés et de tendances, accompagnés de facteurs non-intéroceptifs tels que des changements dans l’intention, ou l’orientation vers des buts spéciaux à chaque domaine de pratique. (Bornemann et al., 2014).

Tout comme la capacité peut varier selon les modalités intéroceptives, les constructions intéroceptives peuvent aussi varier de façon indépendantes à l'intérieur d'une modalité donnée. Par exemple , la sensibilité peut être élevée, sans une précision proportionnelle, ou sans la capacité de régulation, comme avec les incontrôlables « fausses alarmes » intéroceptives souvent observées dans les troubles anxieux.(Paulus and Stein, 2006; Domschke et al., 2010). Pour cette raison , plutôt que de discuter de la primauté de l'une des constructions intéroceptive , la présente discussion utilise le terme  « intéroception » pour décrire des processus généraux de perception d'états corporels , tout en reconnaissant que divers facteurs contextuels  influencent  des capacités intéroceptives spécifiques . Une énorme quantité des recherches sont nécessaires pour commencer à cataloguer les relations entre capacités spécifique et des modalités, sans parler de leur plasticité et de leurs effets sur le bien- être.

Intégrer les perspectives Contemplatives

Si nous pouvions établir un modèle fonctionnel de l'intéroception qui rende compte différentiellement de la manière dont les signaux  intéroceptifs sont représentés et gérés, il est probable que certains sous- systèmes serait plus pertinent pour le bien-être que d'autres. C'est à ce moment que la science contemplative et les paradigmes des processus cognitifs pourraient être extrêmement utile , impliquant des processus intéroceptifs spécifiques, portant sur la façon dont l'intéroception fonctionne de façon optimale, et comment cet fonctionnement est façonnée par l'expérience . En particulier, les comptes rendus issu de la contemplation ont beaucoup à dire sur la distinction entre le conditionnement intéroceptif inadapté qui peut conduire à des troubles , et l'apprentissage adaptatif que les pratiques contemplatives prétendent engendrer.
Ici, nous nous référons à la pratique contemplative dans le sens le plus large, à savoir , les traditions de l'introspection  ou la culture de modes d'expérience spécifique , et nous nous concentrons sur des pratiques qui utilisent explicitement l'attention intéroceptive , y compris les types de méditation et les approches basées sur la pleine attention (mindfullness) qui répartissent l'attention sur les sensations corporelles (par exemple , le souffle ) , ou des  zones spécifiques du corps (par exemple , le centre de l'abdomen ; Kabat- Zinn , 1982) , et le yoga , le taï-chi , et d'autres pratiques psycho-corporelles effectuée dans, ou en-dehors, d'un contexte spirituel explicite.(Baer,  2003). Une série d'autres guérison axées sur le corps et des méthodes de psychothérapie peuvent également tomber dans cette classification, comme la thérapie de dialectique-comportementale, (Linehan et al., 1999), la thérapie d'Acceptation et Engagement (Hayes  et  al.,  1999), et aussi des approches psycho-corporelles telles que les méthodes Feldenkrais (Buchanan and Ulrich, 2001) et Alexander (Woodman and Moore,2012),  le Focusing  (Gendlin,  2012),  la méthode Rosen (Fogel,  2009), Hakomi (Kurtz, 1997), L'Attention Sensorielle (Selver et al., 2007), l'Expérience Somatique  (Payne  et  al.,  2015), la Thérapie par le Souffle (Mehling, 2001), la Respiration Holotropique (Grof and Grof, 2010), et la Mindful  Awareness  in Body-oriented  Therapy  (MABT;Price,  2005). Nous discutons principalement des pratiques issues de traditions contemplatives asiatiques , car celles-ci ont été l'objet de nombreuses recherches et fait l'objet des plus gros efforts pour traduire des concepts contemplatifs en termes scientifiques modernes . Cela ne vise pas à exclure les autres traditions contemplatives , et nous espérons que des recherches futures seront étendues à d'autres régions.
Les pratiques contemplatives classiques telles que la pleine attention et l'équanimité semblent évoquer ce qui résulte de la façon dont les signaux  intéroceptifs sont intégrés dans une représentation complexe de soi et du reste du monde , et elles ont des modèles expliquant leur influence sur la santé et le bien-être. Il y a, cependant , plusieurs  défis remarquables  à la réalisation du potentiel bénéfique de ces traditions dans la société moderne. Le premier est le manque d'équivalence entre les pratiques contemplative traditionnelles et les pratiques modernes laïques : bien que la pleine attention (mindfullness) a une forte présence dans les thérapies cliniques et les sciences laïques , il est contesté que cette traduction est fidèle à ses sources classiques (Christopher   et  al.,  2009;  Grossman,2011), et peu d'attention a été accordée à la diversité des interprétations de la pleine attention au sein de la tradition bouddhiste elle-même. (Williams  and  Kabat-Zinn,  2011), qui peuvent présenter des modèles concurrents pour la représentation et la fonction intéroceptive .
Deuxièmement, alors que la science clinique et les traditions contemplatives  partagent l'objectif commun de réduire la souffrance humaine, ils diffèrent en portée. Dans les contextes laïques modernes , les objectifs pratiques sont pragmatiques, visant la réduction des symptômes affectifs et l'amélioration des fonctions de la vie courante. En revanche, les traditions classiques ont tendance à orienter vers des changements plus vaste, cherchant à générer un aperçu de la nature fondamentale de la réalité, avec l'intention de libérer individus de leurs états conditionnés.  (Grossman   and   Van Dam,   2011). On ne sait si les formes actuellement manifestées des pratiques contemplatives classique  sont suffisante pour développer leur bénéfices glorifiés dans l'histoire . Compte tenu des nouvelles preuves de l'efficacité des pratiques contemplatives dans des contextes laïques , il y a lieu d'être optimiste pour qu'au moins une partie des bénéfices aient été transmis avec succès. (Farb, 2014). Cependant, notre compréhension de ces véritables mécanismes d'action de pratiques est en retard sur la validation scientifique de leur efficacité. Il pourrait y avoir des systèmes fondamentaux des théories contemplatives classiques qui devraient encore être mis en pratique dans la démarche scientifique, étant seulement étudiés empiriquement.
Malgré la grande hétérogénéité entre les traditions contemplatives , nous pouvons commencer par choisir un concept commun qui pourrait contribuer à la recherche scientifique : celui de « corps subtil ». Les  pratiques contemplatives tels que la pleine attention sont traditionnellement ancrée dans les traditions, les épistémologies et les traités médicaux qui s'articulent de manière holistique plutôt que dans des modèles dualistes du corps et de l'esprit. (Mehling et al., 2011).  De telles sources traditionnelles ont chacunes leurs propres théories distinctes du complexe psycho-physique et évoquent les concepts de structures du corps subtils et les «flux» circulant à travers ces structures  (Samuel,  2008;  Klein,  2013). Ces structures et « flux » sont supposés influer et être
influencés par l'esprit , les émotions , la posture et la condition du corps « grossier »(physique) . Leur présence est indiquée par l'attention à un riche éventail de sensations intra-corporelles et un
longue histoire phénoménologique de processus sensoriels qui relient les événements qui se produisent dans le monde extérieur à l'expérience au sein d'un individu. L'étude de ces sensations somatiques , leurs sources , et leur modulation a été un élément important de la médecine Tibetaine / Chinoise / et Indienne , représentée par des cartes anatomiques des canaux, méridiens, et centres énergétiques (chakras en Sanskrit) à travers lesquels circule l' « énergie subtile » connue respectivement comme lung / Qi / Prana. (Loizzo  et  al.,  2009;  Klein,  2014). Tous les événements mentaux, - en fait, tous les états de consciences -  sont dit surfer sur le « Cheval de vent » ou les courants « énergétiques» . Il est actuellement difficile de savoir comment ces conceptualisations cadrent sur les approches scientifiques de l'intéroception . Cependant , ces concepts suggèrent que l'attention à l'expérience incarnée est significative pour l'auto-représentation et le bien-être , et soutient donc l'hypothèse plus générale que la sur-dépendance à l'égard de l'attention « de haut en bas » , ou simplement l'attention conceptuelle ( contrairement à l'attention sensorielle )  limites de significativement le potentiel d'un être humain pour relier à soi, aux autres , et au monde.





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Encadré 1

Une taxonomie des termes intéroceptifs.

L’intéroception a été généralement interprétée comme la représentation de notre propre corps à un instant donné. (Craig, 2002). Mais le résultat diffère selon la manière dont est mesurée la faculté d’intéroception. Tout comme le propose un modèle récent (Garfinkel and Critchley, 2013), nous suggérons plusieurs critères pour compléter les mesures de l’intéroception :

l’Attention intéroceptive, tels que la sensation des battements cardiaques, est la mesure la plus courante de l’intéroception, et est souvent mise en place pour rapporter les signaux intéroceptifs. Toutefois, l’attention est un critère limitant, car les processus intéroceptifs peuvent opérer implicitement, tels que la thermorégulation qui peut provoquer des frissons même lorsque nous dormons. (Craig, 2003).

La Cohérence entre les états physiologiques et les états subjectifs mesure le degré auquel un signal intéroceptif objectif observable manifeste une expérience rapportée. Par exemple l’hypoglycémie (faibe taux de sucre sanguin) se caractérise à la fois par des signaux intéroceptifs (Herbert et al., 2012a) et l’irritabilité (Matthew et al., 1997). Toutefois, l’attention consciente de l’hypoglycémie n’est pas nécessaire pour qu’apparaisse l’irritabilité. (Taylor and Rachman, 1988; Matthew et al., 1997). La cohérence semble largement varier selon les individus, même lorsque l’ensemble physiologie/sujet est impacté par des éléments stressant de l’extérieur (Sze et al., 2010).

La Tendance de l’attention concerne si une personne s’attend habituellement à des signaux intéroceptifs particuliers, en ignorant ou inhibant potentiellement d’autres. (Pollatos et al., 2005). Cela se dit aussi si une personne se tourne plutôt vers des sources d’informations intéroceptives que des sources extérieures.

La Sensitivité se rapporte au seuil minimum de détection d’un changement dans le signal intéroceptif. (Holzl et al., 1996) La sensitivité pourrait opérer à de multiples niveaux dans le système de représentation, culminant dans l’accès à l’attention consciente. Bien que peu utilisé dans les recherches intéroceptives, la spécificité est la contrepartie courante de la sensitivité dans la théorie de détection de signal (Abdi, 2007), la capacité de rejeter des signaux concurrents pour être développé comme signal intéroceptif afférent.

La Précision est peut-être la mesure la plus couramment étudiée de l’intéroception , et se réfère à la capacité de distinguer de manière fiable des signaux intéroceptifs du bruit ou de signaux contradictoires (Vaitl, 1996)et entre les différents niveaux d’intensité du signal (Daubenmier et al., 2013). Il semble que la précision varie considérablement entre les individus,(Critchley et al., 2004; Ceunen et al., 2013), Mais peut s’améliorer par un entraînement de la concentration.(Brener, 1977; Daubenmier et al., 2013; Mirams et al., 2013).La précision est habituellement considérée comme une fonction de la sensibilité et de la spécificité .

La Sensibilité se réfère au compte rendu personnel d’un individu de la façon dont il éprouve des sensations internes, y compris une estimation de la confiance dans sa propre capacité intéroceptive et de son sentiment d’engagement dans l’intéroception(Garfinkel et al., 2015). La sensibilité est souvent évaluée à l’aide d’entrevue ou de questionnaire, souvent le questionnaire Porges Body Perception Questionnaire (Porges, 1993). L’utilité de cet instrument pour l’intéroception , cependant, a été remise en question car il semble principalement servir de mesure indirecte pour des symptômes liés à l’anxiété. Le Scale of Body Connection (Price and Thompson, 2007) et le Multidimensional Assessment of intéroceptive Awareness (MAIA; Mehling et al., 2012) ont été créés en partie pour aider à étendre l’évaluation intéroceptive .

La Régulation se réfère à la façon dont une personne peut faire correspondre un signal intéroceptif à son état désiré . La régulation peut impliquer la mise en forme du signal, ou du désir. Par exemple, la régulation pourrait façonner les signaux intéroceptifs pour atteindre les objectifs par le biais de la réévaluation , la suppression ou de la distraction , des techniques souvent cités dans les moderne scientifiques de régulation des émotions (Gross, 2002). Toutefois, la régulation pourrait également suivre des traditions contemplatives , en acceptant intentionnellement et examinant de tels signaux avec curiosité , une stratégie qui encourage les transformations dans l’expérience intéroceptive sans chercher à contrôler les signaux intéroceptifs inattendus ni à en créer des souhaitables .

La mesure simultanée de ces constructions peut informer un modèle plus complet de l'intéroception , sa relation avec le bien-être , et les effets de l'entraînement contemplatif.

Des mesures simultanées de ces concepts peuvent permettre d’établir un modèle plus complet de l’intéroception, de sa relation avec le bien être, et des effets des pratiques contemplatives.

Il est important de noter que ces concepts ont changé de définition à travers la littérature. La Sensitivité et la précision sont combinés dans la précision intéroceptive dans un modèle récent (Garfinkel et al., 2015), mesurée par la performance sur des tests comportementaux objectifs tels que la tâche de détection du rythme cardiaque, et qui se distinguent clairement de l’attention intéroceptive et de la sensibilité intéroceptive. Dans le modèle Garfinkel et al. (2015, p. 65) , l’attention intéroceptive a été mise en application comme « attention métacognitive de la précision intéroceptive, c’est à dire de la correspondance confiance/précision » Cependant, le terme d’attention méta cognitive est aussi un terme couramment utilisé dans la pratique contemplative, désignant la possibilité de prendre conscience de l’attention elle-même et du processus de la pensée comme un objet d’attention, et a été définie ailleurs comme la capacité de réfléchir ou d’être conscient des états mentaux. (Smallwood and Schooler, 2006; Epel et al., 2009). Ou encore là, elle a été définie comme la capacité d’éprouver des pensées et des sentiments négatifs comme des événements mentaux qui traversent l’esprit, plutôt que comme une partie de soi (Herbert et Forman,2011). Nous éviterons donc d’utiliser le terme «attention métacognitive» pour signifier la la correspondance confiance/précision, préférant le terme de cohérence à la place.

Ainsi, les termes énumérés ci-dessus représentent une tentative d'apporter une taxonomie commune à notre discussion, mais ne devraient pas être lus comme universellement définitive dans ce  champ de recherche qui se développe.
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Les défis de l'Intégration

Les traditions classiques asiatiques ont une riche histoire dans leur description de
l’intégration des signaux intéroceptifs variés dans une représentation unique, phénomène souvent désigné sous le nom de « corps subtil ».(Samuel, 2008; Klein, 2013). La subtilité de ce corps a à voir avec son fonctionnement en général en dehors de l’horizon de la conscience ordinaire. Cependant, comme on l’a vu, en tant que «cheval» ou soutien de la conscience, son influence est importante sur la perception. Nous suggérons que le discours scientifique commence juste à poser à cette question de la représentation intégrée, ouvrant des nouveaux moyens de compréhension pour pour différentier la pleine santé des états d’intégration inadaptés. Et pourtant, il y a quelques comptes rendus empiriques d’une telle intégration, et donc le potentiel pour mettre en application les concepts fondamentaux de ces traditions et pratiques, sont largement méconnus. Par exemple, de nombreuses traditions contemplatives, et de nombreux praticiens, parlent des changements dans les « flux de l’énergie » qui entraînent des sentiments de légèreté ou de chaleur, mais il est très peu connu si les méthodes moderne de recherche psychophysiologiques peuvent détecter de tels changements. (Loizzo et al., 2009; Kozhevnikov et al., 2013). L’excitation physiologique elle-même est intrinsèquement ambiguë et très limitées dans son évaluation cognitive. (Blascovich and Tomaka, 1996),et les théories traitant de la façon dont les évaluations intéroceptive se traduisent dans des expériences émotionnelles distinctes sont au mieux, tout à fait inexactes. (Wilson-Mendenhall et al., 2013). Compte tenu de cette incertitude , nous pourrions commencer par la recherche des changements liés aux entraînements spécifiques, décrits dans les théories contemplatives classiques d’intégration intéroceptive. Ces descriptions offrent un ensemble riche d’ hypothèses vérifiables pour combler ce fossé explicatif, entre la physiologie et l’expérience. L’inclusion d’expériences en première personne, en particulier de personnes ayant un entraînement avancé dans la conduite et les compte rendus sur l’attention intéroceptive, peut être une étape importante dans le développement des modèles plus complets de l’intéroception. (Gallagher, 1997; Lutz and Thompson, 2003).

A titre d'exemple d'un tel test d'hypothèse, nous pourrions envisager une description classique des premières étapes dans l'entraînement de la pleine attention.
Les textes bouddhistes classiques , tels que le chemin de Purification écrit au Ve siècle, décrit l'objectif principal du début de l'entraînement à la pleine attention qui est de développer une attention stabilisée sur la sensation instantanée, qui est distincte de l'attention sur la pensée conceptuelle. (Buddhaghosa,  2010). L'investigation scientifiques récente suggère que la conceptualisation d'une expérience (qui peut inclure une description détaillée et une analyse des événements, qui sont associées à l'expérience et façonnées par notre culture),  et le sentiment actuel , (l'expérience immédiate elle-même, qui peut survenir spontanément dans le corps) , activent des réseaux neuronaux distincts , et que la force de cette distinction est en effet sensible à l’entraînement de la pleine attention (mindfullness). (Farb et al., 2007). De cette façon , les traditions contemplatives fournissent une base de discrimination qui est mûre pour la traduction  en termes neuroscientifiques objectifs. La représentation du soi instantané, sensoriel, est pertinente pour les pratiques de la compassion et de perspicacité, ainsi que les pratiques classiques de pleine attention qui les sous-tendent.
Apprendre à être présent aux sensation instantanées et viscérales, est seulement l'une des nombreuses étapes dans le chemin du bien-être, de la même manière que la distinction neurale des processus de l'intéroception immédiate et ceux du traitement conceptuel, est seulement une première étape dans le développement d'un modèle scientifique. Comme on le verra , l'accès à des sensations viscérales peut être utile ou nuisible à une personne, selon la façon dont est comprise cette attention. Dans de bonnes conditions , les pratiques contemplatives peuvent avoir un effet thérapeutique sur la santé et le bien -être(Farb  et al., 2012a),  comme cela a été démontré dans la recherche en psychothérapie expériencielle depuis un certain temps (pour un résumé, voir Hendricks, 2001). D'autre part, les signaux intéroceptifs peuvent également être catastrophiques dans la panique et les troubles évoqués. Comprendre comment se comporter habilement envers les sensations intéroceptives , et dans quelles circonstances ils devraient être observés, est donc une question centrale pour l'étude de la formation intéroceptive pour le bien-être . La progression à partir d'une description générale du processus intéroceptif vers la caractérisation sanitaire d'un tel processus nécessite une plus grand niveau de complexité théorique, dont nous allons tenter de formuler les débuts.

La régulation à travers la Simulation

Un modèle scientifique de l'intéroception nécessite une description de la manière dont des signaux sensoriels diffus s’intègrent dans une  représentation holistique du corps , qui se prête à une intégration à une cognition d'ordre supérieur. Le concept de carte de simulation fournit une manière de caractériser une telle intégration. Analogue au corps subtil de la tradition contemplative, la carte de simulation est également connu comme une représentation du « comme-si " , une représentation neurale du corps , une abstraction relativement stable d'événements sensoriels fluctuants rapidement. (Damasio,  2003a; Seth  and  Critchley,  2013).
D'un point de vue informationnel, la carte de simulation est la sélection en cours des états corporels encodés dans une mémoire-tampon qui sert comme étant la meilleure approximation de l'état actuel de corps selon la prédiction à partir des états antérieurs . La carte de simulation est en couches, avec les couches les plus basses plus proche des premiers afférents sensoriels de l'organisme , et les couches supérieures représentant l'agrégation des informations sur ces couches inférieures en représentations qui peuvent être accessibles à la conscience.
En tant que telle, la carte de simulation alimente les aires cérébrales exécutives avec des représentations sensorielles relativement stables, à partir desquelles est interprétée l'expérience et sont coordonnées les réponses . Le concept d'une carte de simulation  fournit une trame riche sur laquelle on observe les nuances et la variabilité dans la représentation cognitive des  signaux intéroceptifs, et suggère en outre comment ces représentations peuvent être modifiées , à la fois par le déploiement volontaire de l'attention , et à travers les processus relativement involontaires de conditionnement de l'attention durant toute la vie, tels que la dégradation sensorielle dans le vieillissement (Baltes and Lindenberger, 1997).
Il est important de souligner que la carte de simulation n'est pas identique à la sensation actuelle , mais est plutôt une abstraction à partir de l'expérience sensorielle récente. La sensation actuelle se réfère à l'ensemble actuel des données sensorielles entrant dans les régions du cerveau des représentation intéroceptives primaires , incluant les noyaus du Nucleus Tractatus Solitarus (N.T.S), le thalamus , l'insula postérieure , et le cortexsomatosensoriel. (Craig, 2002; Critchley and Harrison, 2013). D'autre part la carte de simulation est une représentation filtrée et intégrée à ces afférents sensoriels- c'est , en effet , un signal interprété. Lorsque l'on considère la régulation de la motivation , une question centrale est le degré auquel des sensations inattendues sont considérés comme acceptables, par opposition aux problématiques, ou perverses pour les prévisions de l'état corporel.
Comme beaucoup de représentations neurales , les contenus des cartes de simulation pourraient ne pas être entièrement accessible à la conscience . Parmi les nombreuses couches de simulation , seul un sous-ensemble sera accessible à l'expérience consciente . Ainsi, la conscience, la carte phénoménale,  peut ne pas être la même que la plus large carte de simulation , bien que nous considérons la carte de simulation nécessaire pour l'expérience corporelle phénoménale. En outre, il y a des grandes variations inter-individuelles parmi les cartes phénoménales, en fonction des objectifs , de la culture , de l'expérience personnelle , et, éventuellement, de la génétique et d'autres facteurs. (Ferron,  1997; Altabe, 1998; Ma-Kellams et  al.,  2012;  Maister  and  Tsakiris,  2014). Ces facteurs peuvent se combiner pour limiter la manière dont la carte de simulation est consciemment accessible, et une mémoire d'accès biaisé aux cartes de simulation peut remplacer momentanément l'effort introspectif. Étant donné que la carte de simulation ne peut être que partiellement accessible à l'introspection consciente , il peut être impossible de compter entièrement sur les rapports subjectifs pour jauger les différences individuelle ou culturelle dans la composition des cartes de simulation. Cependant , la carte de simulation peut être examinée au niveau de la représentation neurale , servant de substrat pour le sentiment d'incorporation d'une personne dans le monde. Par l'observation de la carte de simulation , la source viscérale  de notre sentiment de présence, et nos motivations vers l'action peuvent être compris.

Les techniques en neurosciences ont permis d' aller au-delà des rapports subjectifs dans la modélisation des cartes de simulation intéroceptives. Par le suivi des changements dans les signaux intéroceptifs et des expériences corporelles subjectives pendant les enregistrements de l'activité cérébrale , les chercheurs ont commencé à créer des modèles riches qui distinguent les signaux sensoriels les ascendants « down-top » sensitifs et les prédictions de haut en bas « top-down ». Par exemple, la recherche en neuro-imagerie montre que l'attention corporelle augmente l'activité aux niveaux correspondants de la moelle épinière.(Nejad, 2014), ce qui suggère que l'attention intéroceptive peut fonctionner même sur des zones relativement distales du système nerveux central. Dans le cerveau, il apparaît que l'insula médian intègre les informations afférentes intéroceptives avec le contexte extéroceptif dans l'espace plus large des motivations , mais les individus diffèrent dans le degré auquel ces informations se propagent au cortex préfrontal , et sans doute à l'attention sensible, en fonction de la pratique intéroceptive.  (Singer  et  al.,  2009;  Farb et al., 2012b).En plus de la neuro-imagerie , il convient de noter que de nombreux autres indicateurs psychophysiologiques des processus intéroceptifs sont prometteurs, comme révélateurs du processus intéroceptif en l'absence de rapport subjectif des participants, tels que les battements cardiaques évoqués  (Leopold  and  Schandry,  2001), les potentiels respiratoires associés  (Von Leupoldt et al., 2010), la modulation cardiaque de la surprise (Schulz et al., 2009), ou la covariance EEG-ECG à un seul essai [EEG-ECG single trial covariation] (Mueller et al., 2013).  Par exemple Von Leupoldt et al. (2010) a démontré que l'occlusion des voies respiratoires produit un potentiel respiratoire-associé évoqué fiable mesurable par EEG , qui sert comme un indice de suivi cortical des signaux intéroceptifs. Mueller et al. (2013) a indexé les processus intéroceptifs avec le degré  auquel les EEG répondent en rétroagissant aux accélération cardiaque ultérieures prévues. 
Bien qu'il ne soit pas dans notre intention de décrire toutes ces techniques en profondeur, ces méthodes peuvent fournir des indices objectifs de l'impact des signaux intéroceptifs sur différents niveaux de représentation neuronale , comme le tronc cérébral ou le cortex.

Peut-être que l'application la plus importante de la carte de simulation est d'expliquer comment les sentiment viscéraux entraînent l'action. Ce système explicatif est nécessaire à la fois dans le compte rendu scientifiques et  contemplatif de la santé corporelle : tout comme la carte  de simulation , les traditions contemplatives postulent l'existence d'un corps subtil , incluant divers éléments subtils et quasi-physiques qui intègrent et organisent les sentiments viscéraux pour développer le sentiment de bien -être.  (Samuel,  2008). A la fois à travers la sciences et les traditions contemplatives , la motivation manifeste est rapportée aux cartes de simulation ou aux corps subtils sous la forme de valence émotionnelle , avec valence négative ou aversion signalant la nécessité de revenir dans des rayons homéostatiques plus adaptés. Le processus motivé d'atteindre l'homéostasie , à travers des changements physiologiques ou comportementaux , a été surnommé allostasie. (Sterling and Eyer, 1988) 

Chez les mammifères , l'allostasie comprends de nombreuses fonctions intégrées et comprend des mécanismes autonomes, neuroendocrine , et comportementaux.  Une grande partie de l'allostasie se produit  par la régulation physiologique autonome  - il se produit en interne et automatiquement. Par exemple , nous ne choisissons ni sentons directement la dilatation des vaisseaux sanguins ou des pupilles en réponse aux changements de luminance ou de pertinence émotionnelle , et pourtant ces réactions physiologiques se produisent en continu en vue du résultat homéostatique. Une compréhension complète de l'intéroception nécessite sans doute la modélisation de ces réflexes allostatique, surtout lorsque leur dérégulation agit comme une source de souffrance. Les théories des pratique contemplatives débutantes ne mentionnent pas l'accessibilité ultime à ces réponses [par la conscience]; bien que l'expérience directe de la réponse viscérale au stress et de ses conditions de déclenchement, soient essentiels pour les niveaux de connaissance qui favoriseront la libération des motivations, entraînées par des attentes conditionnées (Goleman, 2008; Hart, 2011). À un certain point , les théories des cartes de simulation doivent rendre compte de la façon dont même des représentations subtiles peuvent conduire à des idées conscientes favorisant le changement de comportement.

La relation de la carte « Asiatique » de simulation ( en particulier indienne et tibétaine ) cartographiant les «circuits de l'énergie » dans le corps comporte une étude plus approfondie . A ce stade , nous notons que , comme le contenu de la carte de simulation , de nombreux « fux d'énergie » dans le corps ne sont pas disponibles à la conscience . Cependant , ces « flux d'énergie » sont toujours , dans les théories traditionnelles , intimement associée à la conscience.  Ces « flux » sont susceptibles d'être amenés à la conscience par l'entraînement. Comme dans le cas des cartes de simulation , ces «énergies» semblent constitutives du sentiment d'incorporation d'une personne, son orientation émotionnelle , son aptitude , ses but, et son sens de l'estime de soi . A la différence du modèle de simulation , peut-être , l'interaction esprit-énergie est moins dualiste que la dyade viscérale-cognitive qui semble à ce jour au centre de la caractérisation de la carte de simulation.
Laissant de côté la question de comment des afférents intéroceptifs très subtils peuvent être façonnés pour donner un aperçu conscient, les signaux intéroceptifs  motivent une foule de comportements manifestes et peu subtils pour répondre à la nécessité allostatique . Les dynamiques intéroceptives sont essentielles pour comprendre pourquoi des stimuli identiques peuvent provoquer  des comportements divergents. Par exemple , une personne se rapprochera d'une source de chaleur dans un environnement froid, mais l'évitera lorsque la température ambiante est élevée. Inversement , un cube de glace tenu en main peut être agréable lors d'une chaude journée d'été , mais douloureux en hiver. La signification [perceptive] d'un le cube de glace ne peut pas être modélisée en se basant sur la perception sensorielle du cube de glace tout seul, mais plutôt la fraîcheur de la glace est
située dans un milieu intéroceptif plus large, celui qui récompense ou punit la sensation de froid en réponse à l'impératif de thermorégulation. En outre, les indices allostatique peuvent informer la cognition et le comportement à des niveaux plus élevés de représentation- notre confiance dans les autres est exagérée par des sensations chaudes et atténués par les sensations froides (Kang et al., 2011).
Si la valeur d' un cube de glace est profondément influencée par la nécessité allostatique, un modèle complet de l'intéroception devrait décrire les modalités d'arrivée de cette influence. Tout en reconnaissant que de nombreuses perturbations physiologiques sont traitées inconsciemment,
grâce à un contrôle autonome du milieu interne , les actes conscients de régulation semblent structurés de manière à résoudre les interactions entre l'organisme et son environnement extérieur.  (Gu et Fitzgerald, 2014) De cette manière , les signaux intéroceptifs motivent les comportements manifestes qui rétroagissent sur notre physiologie. Il est également important de noter que tous les comportements motivés ne sont pas allostatique : les buts hédonistes et pragmatiques ont aussi un grand rôle à jouer , comme la recherche de sensations pour distraire ou réguler la déprime  (Taylor and Hamilton, 1997), ou l'auto-cafféination pour faire face à la fatigue  (Lorist  et  Tops, 2003). Ainsi, alors que les exigences d'homéostasie offrent un moyen heuristique pratique pour prédire la motivation de régulation , nous devons considérer que beaucoup de nos conduites dominantes sacrifient les équilibres dans le corps pour atteindre d'autres objectifs : aller sur les montagnes russes , regarder  des films d'horreur , consommer des aliments très épicés ou sucrés, tout cela entre dans cette catégorie , dans laquelle les extrêmes de l'excitation sont intentionnellement provoqués  et appréciés. La régulation intéroceptive comprend donc plus de des objectifs allostatiques, certaines action visant à remodeler les signaux sensoriels qui constituent la carte de simulation intéroceptive. Plutôt que de baser la motivation sur l'homéostasie , elle peut être représentée de façon plus souple, par la façon dont les sensations sont étroitement en correspondance avec des états souhaités ou prédits.

Le modèle de codage prédictif de l'intéroception

Tout en reconnaissant la complexité du traitement intéroceptif , le modèle de "codage prédictif" de l’intéroception a récemment été introduit.(Seth et al.,2011;  Limanowski  and  Blankenburg,  2013;  Seth,  2013;  Apps and Tsakiris, 2014). Ce modèle avance une finalité cruciale à l'intéroception, en ce que les processus intéroceptifs impliquent régulièrement une comparaison entre la sensation immédiate et des simulations du passé et du futur. La comparaison entre les états observés, et attendus ou désirés pourrait alors motiver le comportement pour résoudre les contradictions.  (Paulus and  Stein, 2010; Seth,  2013). Du point de vue de l'évolution , l'attention des processus intéroceptifs pourrait entraîner un comportement adaptatif (Damasio and Carvalho, 2013), et les pratiques contemplatives de concentration sur le corps pourraient soutenir une telle attention (Mehling et al., 2011; Price et al., 2012b). Nous allons faire valoir que le modèle de codage prédictif contribue à mettre en œuvre la plupart des prévisions à propos de rôle de l'intéroception dans la pratique contemplative , en particulier en donnant un cadre au déconditionnement des habitudes de régulation inadaptées.
L'idée que la carte de simulation peut représenter des états distincts de son milieu intéroceptif actuel suggère que les comparaisons sont continuellement faites dans une couche donnée de la carte, entre la sensation actuelle du corps, et le corps tel qu'il devrait être en se basant sur l'expérience passée ( les aprioris) . La simulation est construite à travers l'examen à la fois de la sensation immédiate et des aprioris qui contextualisent les sensations. Chaque couche de la carte de simulation a son propre ensemble d'aprioris, basés sur l'expérience de cette couche avec les entrées sensorielle passées et les ajustements à ces aprioris influencés par des signaux d'attentes descendants. Lorsqu'un apriori diverge des sensations entrantes, il peut mettre à jour la simulation de cette couche , créant une probabilité ultérieure [de situation attendue] qui sert en tant qu'entrée descendante destinée à des couches inférieures de la carte de simulation. Par exemple , une personne peut sortir dehors et être surprise par un temps chaud inattendu. Une telle surprise peut commencer au niveau des couches inférieures de la carte de simulation , entraînant une réponse en grande partie inconsciente et automatique, ciblant la physiologie, telle que la dilatation des vaisseaux sanguins en réponse à une élévation de température. Si des réponses rapide de régulation automatique ne parviennent pas à atténuer l'erreur de prédiction (EP) , un apriori est mis à jour , formant une probabilité ultérieure qui met à jour une couche sensorielle inférieure dans la hiérarchie de la carte pour « attendre » des températures plus chaudes . Il est probable que la mise à jour des aprioris aux niveaux inférieurs de la carte est donc elle-même involontaire et automatique, et non soumise à la délibération consciente ou l'intentionnalité . D'autre part, à des niveaux plus élevés de la carte de la simulation , la délibération consciente peut choisir parmi plusieurs alternatives de régulation pour minimiser l'erreur de prédiction . Dans l'exemple de la chaleur, on peut choisir de chercher un abri de la chaleur , ou d'évaluer la chaleur comme bienvenue, et tenter de profiter de l'air chaud. Le choix soit de réguler la sensation pour correspondre aux aprioris (inférence active), soit de permettre à l'apriori d'être mis à jour (inférence perceptive) , est une différence de régulation importante qui sera discutée longuement ci-dessous. Pour l'instant, le point crucial est que la capacité des sensations pour motiver les réponses régulatrices est entraîné par l'amplitude de l'EP (erreur de prédiction), la déviation à partir des aprioris dans une
couche donnée de simulation. L'implication de cognition d'ordre supérieur  dans ce processus de résolution est déterminée par la distance (« hauteur ») parcourue par un signal d'erreur à travers les couches de la carte de simulation avant qu'elle ne soit résolue. Les contradictions les plus importantes étant plus susceptibles de se frayer un chemin à travers les couches pour atteindre la conscience.
La comparaison entre les états ressentis et attendus, rappelant la théorie d'auto-contradiction de Higgins  (Higgins, 1987), sert deux fonctions majeures (1) nous orienter vers les modifications physiologiques surprenantes qui requièrent une attention immédiate, et (2) permettre la comparaison entre l'état présent et potentiels futurs comme signal de l'action. Face à une inadéquation entre des états détectés et attendus , l'inférence active favorise des réponses destinées à façonner le milieu intéroceptif pour le faire correspondre aux états prévus. Par exemple , étant donné un mal de tête inattendu , on peut ressentir une envie de prendre un analgésique, afin de restaurer son état sans douleur habituel et désiré. Pas toute les inférence active ne nécessitent l'intervention comportementale manifeste , ou même la prise de conscience d'un EP : certaines formes d'inférence actives sont physiologique , dans lequel le système nerveux autonome régule physiologiquement, largement automatiquement et inconsciemment pour ramener le corps à son état attendu.  (Gu and Fitzgerald, 2014). D'autre part, lorsqu'ils sont exposés à des facteurs de stress qui dépassent sa capacité autonome régulatrice, les EP en cascade peuvent atteindre des niveaux de la carte de simulation qui sont accessibles à la conscience . Une telle prise de conscience pousse à l'inférence active manifeste , par laquelle on interagit avec l'environnement  pour approcher un état attendu. (Seth, 2013).  De façon cruciale pour notre définition , à la fois les inférences actives implicites physiologiques et manifestes conscientes, recherchent une réduction des erreurs de prédiction (EP) en changeant des sensation pour s'approcher des attentes antérieures plutôt que de mettre à jour les aprioris.
Cependant , l'inférence active n'est pas la seule façon de réduire la disparité entre les états actuels et désirés . On peut également réguler son état attendu pour correspondre au milieu interne . Le processus de mettre à jour la carte de simulation pour refléter plus précisément la sensation immédiate est connu comme l'inférence perceptive. ( Seth, 2013). Les objectifs et les attitudes d'une personne à l'égard des sensations intéroceptive pourraient puissamment influencer la forme d' inférence produite (Encadré 2)

Encadré 2
Comment les motivations modèlent nos inférences intéroceptives

Etant donné le pouvoir des signaux intéroceptifs pour alternativement capter l’attention et provoquer des comportements régulateurs, réaliser un équilibre optimal entre l’inférence active et perceptive semble fondamental pour la réussite de l’autorégulation. La tension entre l’interrogation de la perception et la formulation de réponses a été dicutée dans les modèles récents des processus de l’intéroception (Hankin, 2012; Paulus et al., 2012; Seth, 2013) et nous le détaillons ici pour discuter le rôle des pratiques contemplatives en discutant le processus d’inference perceptive relativement peu défini. Au niveau de la perception, l’intéroception requiert une représentation mentale des états corporels tout autant que tactile ou liée à d’autres informations sensorielles, dans les cartes de simulation. CElles cis sont contra intes à la fois par les entrées sensorielles de bas en haut, et par les attentes de haut en bas basées sur le savoir emmagasiné des états intéroceptifs précédents et la connaissance de son propre contexte. Ni les afférents sensoriels, ni les représentations apriori ne sont nécessairement accessibles à l’attention consciente, bien que des couches particulières des cartes de simulation puissent devenir des sujets de l’attention. La motivation à l’intérieur du modèle est générée comme une réponse aux divergences entre les signaux intéroceptifs simulés et entrants, se référant aussi aux erreurs de prédictions ou aux signaux de « surprise » (fig.1A). Les signaux sensoriels entrants sont en constraste à l’encontre de l’information apriori à un niveau donné de la couche de simulation. Les divergences entre la sensation et l’apriori remontent à travers les couches de simulation et déclenchent généralement des actes de régulation pour maintenir l’état homéostatique. Finalement, les erreurs de prédictions sont résolues en attribuant des causes aux signaux inattendus, résultant dans la création d’une probabilité ultérieure qui redescend en cascade dans les couches de simulations pour mettre à jour des aprioris et réduire les erreurs de prédiction. La probabilité ultérieure détermine la signification du signal et par conséquent la nature de la réponse régulative.

La sensitivité intéroceptive aux signaux afférents inattendus décrit avec quelle facilité une erreur de prédiction se propage vers le haut à travers les couches de simulation, servant de base pour la motivation dans une représentation intéroceptive dynamique. Toutefois, la sensitivité prise seule ne dit rien sur les disparités de combien une personne répond au signal de divergence motivateur. Des facteurs cognitifs de haut en bas, sous forme de buts, évaluations causales, et indices contextuels aident à modeler la réponse motivée. La tension entre l’inférence active et perceptive est est souvent résolue par comment quelqu’un répond au désaccord surprise entre la simulation et la sensation. Si les objectifs en cours laissent quelqu’un valoriser la régulation sur l’acuité du signal intéroceptif,les aprioris d’une couche basse vont être mis à jour avec une cause explicative inférrée (probabilité postérieure) à partir de la couche divergente ce qui indique à l’inférence active manifeste de régler cette cause. Dans cette situation, la surprise est minimisée par une pondération réduite de l’inforamtion sensorielle divergente en faveur d’une action pour rétablir l’état attendu au préalable (fig.1B). Dans l’inférence active, la simulation est alignée à proximité de l’apriori, et l’individu tente de modeler la sensation entrante pour correspondre à l’apriori, et ainsi réduire l’erreur de prédiction. A l’inverse, si une personne valorise l’acuité sur la régulation, il ou elle va mettre une pondération forte sur la sensation plutôt que sur l’information apriori (fig.1C). Dans l’inférence perceptive, la mise à jour de la simulation sort de l’apriori et s’aligne avec les sensations entrantes, la probabilité ultérieure met à jour l’apriori plutôt que d’inciter un effort pour changer l’entrée sensorielle, et ainsi réduit l’erreur de prédiction. Dans chaque situation, la divergence est réduite ; le concept de pondération de la précision sensorielle permet au modèle de présager comment se produit une telle réduction. Il n’est pas connu comment les différentes formes d’inférence vont affecter la disribution des aprioris en calculant les erreurs de prédiction. Si l’inférence perceptive permet une plus grande mise à jour d’apriori, alle va alors aussi favoriser une plus grande variation d’apriori que l’inférence active, laquelle tente de contraindre la simulation à s’ajuster à un groupe d’aprioris existants. Pour l’inférence perceptive, la distibution de l’information sensorielle est rendue plus précise à la place des aprioris. Ces distributions sensorielles précises vont avoir une plus grande influence sur les probabilités ultérieures à des niveaux plus élevés, qui viendront alors à leur retour dans la simulation, la rendront plus précise tout en étant indifférente à leurs (ses) effets sur la distribution apriori. Si le corps manifeste de plus grandes variations dans les sensations que dans l’expérience apriori, alors les aprioris deviendront moins précis ; si, toutefois, il arrive que le corps affiche des entrées sensorielles qui sont plus consistantes que l’expérience apriori, on devrait alors s’attendre à voir des apriori plus précis à la suite de la mise à jour. C’est notre hypothèse encore non testée, que pour loa plupart des personnes, il y a une plus grande variation dans le corps que ce qui est attendu, et ainsi l’effet de la pratique contemplative va être d’élargir la gamme des expériences anticipées plutôt que de s’aiguiser sur l’une des expériences, amenant à un élargissement de la distribution des aprioris. La conséquence d’un tel élagissement est que la carte de simulation va refléter de façon plus précise l’expérience sensorielle car elle est moins influencée par un apriori rigide, et ainsi d’autant plus par la sensation entrante.

Figure 1. Un modèle d’erreur de prédiction d’erreur dans l’inférence intéroceptive, adapté de (Seth 2013), dans lequel la connaissance intéroceptive est représentée par trois termes : les aprioris (ligne bleue), c’est à dire l’état corporel probable tel qu’informé par des évènements préalables ; les sensations (lignes noires), l’entrée sensorielle provenant du corps ; et la simulation (ligne verte), l’état corporel prédit en se basant sur l’intégration du retour [feedback] corporel et des influences contesxtuelles étudiées apriori. De façon cruciale, notre modèle suggère que la simulation plutôt que la sensation directe est la construction la plus proche de l’attention intéroceptive. (A) Les évènements intéroceptifs inattendus, tel que le mal à l’estomac, sont représenté comme une EP erreur de prédiction qui motive une réponse régulatrice pour minimiser le signal d’erreur. La distribution de la simulation s’affiche à la même distance de la sensation et de l’apriori pour indiquer la possibilité pour une mise à jour à partir de ces deux sources d’information (B) L’inférence active réduit l’erreur de prédiction en pondérant les aprioris sur la sensation immédiate. Une série d’états physiques très spécifiés contribue à de larges erreurs de prédiction à partir des sensations inattendues, motivant des tentatives pour modifier les états internes indirectement au moyen de la pensée et du comportement. Les inférences parviennent à réduire les erreurs de prédictions en alignant les sensations pour correspondre aux aprioris. (C) L’inférence perceptive réduit l’EP en pondérant la sensation sur les aprioris, mettant à jour la simulation pour s’ajuster à la sensation. Une série d’états corporels attendus peu spécifiés, font diminuer les erreurs de prédictions immédiates des sensations inhabituelles, donnant aux simulations intéroceptives (c’est à dire les futurs aprioris) une plus grande acuité sensorielle. Les inférences perceptives parviennent à réduire les EP en mettant à jour les aprioris pour correspondre aux sensations entrantes. Les inférences actives et perceptives peuvent co-subvenir dynamiquement dans le temps, faisant osciller l’attention entre la mise à jour sensorielle et les réponses régulatives.


Alors que l'inférence active et perceptive cherchent toutes les deux à réduire la disparité entre les états détectés et attendus , ils diffèrent dans leurs moyens de la réduire. L'inférence active manifeste est un processus par lequel un organisme agit pour confirmer ou contredire les causes de sensations intéroceptive inattendues , alors que l'inférence perceptive agit pour réduire la nature surprenante de la sensation en élargissant les attentes sensorielles , réduisant leur poids d'inférence sur la couche de simulation. De plusieurs façons, cette distinction est analogue à la différence entre les comptes rendus psychologiques modernes et contemplatifs sur la régulation des émotions .
Alors que les modèles psychologiques modernes discutent souvent de suppression , de distraction , ou remise en cause pour modifier les caractéristiques des signaux intéroceptifs,(Gross, 2002), les traditions contemplatives utilisent des termes comme l'acceptation et l'équanimité , ou tout simplement l'observation continue non-interférente, comme moyens de changer son attitude envers la sensation plutôt que de tenter de changer la sensation elle-même (Mikulas, 2011). Les adaptations laïques plus récentes de traditions contemplatives formulent presque toujours l'intégration de ces stratégies d'inférence de perception.
Nous remarquons que cette conception de l'acceptation ou de l'équanimité comme une stratégie « ascendante » (down-top » plutôt que comme descendante (top-down)  peut être controversée, mais nous croyons que cette distinction est essentielle pour la compréhension des  mécanismes d'action destinés aux thérapies contemplatives. En effet , les thérapies contemplatives  peuvent être utiles , précisément parce qu'ils remettent en question les modèles de régulation des émotions descendants' top-down ' en introduisant l'idée que parfois, tenter de contrôler ou réguler l'expérience émotionnelle est en fait le problème lui-même . Dans un système où la perception et l'évaluation sont des étapes d'itération répétitives apparemment obligatoires dans l'expérience humaine , l'inférence perceptive peut faciliter la régulation des émotions en réduisant les association perception-évaluation sur-apprise et apparemment obligatoire. Les évaluations vont toujours être à la suite des perceptions , mais elles doivent ne pas être stéréotypés et contraintes avec rigidité.

La distinction entre l'inférence active et perceptive est importante dans la vie quotidienne : par exemple, considérez une personne éprouvant un sentiment d'agitation , qui en déduit que son agitation inattendue découle de la faim . Dans ce cas, l'inférence active va rapidement associer un signal intéroceptive inattendu avec une réponse comportementale dirigée de l'extérieur et destinée à restaurer le milieu intéroceptif, vers son état homéostatique attendu. Ce faisant, donc , l'inférence active déplace l'attention de intéroception elle-même, au moins temporairement. S'il se trouve que l'inquiétude provient d'une autre source , tels que le stress en milieu de travail , la provocation par inférence active d'un changement depuis l'intéroception vers la régulation réduit la possibilité d'explorer le déroulement des signaux intéroceptifs. 
En revanche , l'inférence perceptive consiste à réduire la dépendance aux aprioris qui envisagent une sensation inattendue. Par l'inférence perceptive , l'état d'agitation devient le nouvel état attendu. A partir de cette perspective, l'évolution dynamique dans le cours du temps de cette excitation peut être explorée, notamment l'attention sur les conditions associées aux variations des états intéroceptifs. Avec le temps et la réflexion , l'inférence perceptive pourrait permettre à l'individu de se rendre compte que son excitation était plus grande lorsque il pense à son lieu de travail , et que l' excitation n'était pas réellement un signal de faim. Au fil des mise en place répétées d'inférence perceptive , les attentes apriori l'excitation peuvent changer de telle sorte que l'excitation suivant une pensée à propos du travail n'est plus inattendue, mais est à la place une conséquence ordinaire de cette réflexion . La connaissance d'un tel conditionnement peut alors permettre de nouvelles opportunités de régulation, un ensemble d'aprioris mieux adaptés pour anticiper et expliquer l'excitation physiologique.

Si l'inférence perceptive fournit ainsi les bases pour des intuitions personnelles , passer directement à partir d'une sensation inattendue à la régulation (Inférence active manifeste ) peut réduire la possibilité de telles intuitions. On pense que ces réponses « réflexe » de régulation à l'excitation émotionnelle peuvent être un facteur qui provoque les comportements émotionnels alimentaires. (Ouwens  et  al.,  2009). Dans de tels cas , les inférences actives  ne conduisent pas à une meilleure précision intéroceptive , mais à la place maintiennent un état d'erreur. En effet , l'inférence active manifeste peut nécessiter un masquage ou l'abstraction de signaux intéroceptifs nuancée et riches dans le but de promouvoir une rapide réponse comportementale.
Le but des auteurs n'est pas de dénigrer l'importance d'inférence actives  permettant aux êtres humains d'adapter dynamiquement et assouplir le monde dans lequel ils sont inextricablement
incarné. Beaucoup de sensations inattendues nécessitent de « faire », une réponse régulatrice active, plutôt que de simplement «être» avec les sensation inattendue (Williams, 2008). En effet, la plupart des comportements d'adaptation proviennent de cycles répétitifs entre la perception et
inférences actifs . Cependant, l'utilisation de l'inférence active devrait venir  avec une mise en garde souvent méconnue : il semble inévitable que la granularité sensorielle sera perdue quand on redirigera l'attention à l'écart du corps, en direction de la formulation de la réponse. La granularité Sensorielle  est ici comprise comme la capacité à remarquer les détails spécifiques de l'expérience sensorielle interne tels que des changements subtils dans les sensations. Nous postulons que granularité nécessite la capacité d'attention soutenue à la sensation, ou au moins l'aptitude à rester souple dans le va-et-vient entre le suivi sensoriel et les inférences conceptuelles.
La dégradation de la granularité sensorielle est une limite importante, dans le passage à une résolution de problèmes , dans le mode d'inférence active.  Dans de nombreux cas , la capacité de remarquer des changements dans la faim et les niveaux de satiété lorsqu'on mange est adaptée, permettant au sentiment de satiété de mettre fin à la réponse de l'alimentation et de maintenir
l'équilibre énergétique homéostatique . A l'inverse , dans notre exemple ci-dessus , la prise de conscience que le sentiment d'agitation n'a pas été atténuée par la consommation alimentaire est également importante, pour éviter de manger comme si c'était une stratégie de régulation appropriée. Un échec pour revenir à une sensation intéroceptive en suivant l'inférence active peut être vue comme fixation sur un mode de «faire» plutôt que d'«être ». Une telle fixation peut favoriser la poursuite de la prise alimentaire et potentiellement perturber les bilans énergétiques homéostatiques si les conduites alimentaires compensatrices sont chroniques.  (Lowe et Butryn, 2007).  Si l'on est en mesure de répondre à sensation inattendue à travers l'inférence perceptive plutôt qu'active manifeste, même l'importance de puissants signaux intéroceptifs dans la motivation peuvent être atténués , permettant une enquête plus approfondie et une réflexion sur les conditionnements sous-tendant le signal intéroceptif. Dans la culture laïque moderne , il a été remarqué que l'équilibre entre «être» et «faire» a été biaisé vers le mode «faire» ;  un effort est donc requis pour rééquilibrer la dynamique de régulation optimisant la régulation potentielle (Williams, 2008). Permettre une transition de « faire » vers « être » est donc un objectif principal des interventions telles que la thérapie cognitive basée sur la pleine attention (Segal et al., 2012).

En résumé , l'intégration des inférences active et perceptive dans le modèle de codage prédictif permet communément aux traditions séculaires et contemplatives de rendre compte de la façon dont sensation du corps sont régulées . L'idée de l'inférence active manifeste correspond bien avec la littérature scientifique existante - l'idée que nous sommes les guérisseurs de notre corps , qui ont besoin de réguler les perturbations intéroceptives. L'inférence active peut servir une multitude de finalités, soit elle allostatique , visant à restaurer le corps à son homéostasie de base (Craig, 2009; Gu et Fitzgerald, 2014), ou hédoniste [compensatrice], visant à atteindre un état souhaité agréable, énergique ou tranquille (Kringelbach,  2005;  Paulus  et  al.,  2009;  Naqvi  et  Bechara,2010), ou même nihiliste, visant à se libérer complètement de la sensation, comme on en trouve dans l'analgésie placebo à base  (Büchel et al., 2014). L'inférence perceptive, en revanche est souvent moins spécifiée dans les discussions sur l'autorégulation adaptative. 

Une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents aux inférence perceptive est important, car une bonne pondération de la précision sensorielle peut être une voie par laquelle s’effectuent des changements dans le comportement régulateur habituel. En effet, des niveaux élevés de granularité sensorielle peuvent être cruciaux pour défier les biais d’interprétation au cours de la traduction des niveaux bruts et granulaires de la carte de la simulation, vers d’autres niveaux de représentation plus grossiers ou plus abstraits. Grâce à l’attention aux sensation physique ou non émotionnellement élaborés, une personne peut découvrir des niveaux significatifs de tension et / ou de la détresse psychologique associée au corps qui ne figuraient pas auparavent dans l’attention , révélant un besoin de plus grand soin envers soi-même (Price, 2005; Price et al., 2012a, 2013).Inversement, une attention intéroceptive peut révéler qu’une habitude allostatique comme l’auto-médication n’est pas toujours nécessaire pour faire face aux sensations intéroceptive nocives (Kabat-Zinn et al., 1985). La recherche récente suggère que les cerveaux de méditants expérimentés manifestent la diminution d’erreurs de prédiction comme une récompense considérée de façon passive.(Kirk and Montague, 2015), indicateurs d’une moindre avidité ou attachement aux résultats positifs qui pourraient être à la base d’un comportement addictif. Systématiquement , l’inférence perceptive peut également rendre les gens attentifs aux ressources internes , offrant un accès à des capacités auparavant cachées, pour le calme , la satisfaction, et l’appréciation que les choses vont bien telles qu’elles sont. De cette manière , à chaque instant nécessite un choix entre l’inférence perceptive et active . Et encore , comment peut-on savoir quelle information utiliser ou savoir si l’on dispose de suffisamment d’informations pour agir de manière adaptée en réponse aux objectifs ? Quand doit-on passer de la perception à l’inférence active ? La capacité de répondre adéquatement aux perturbation intéroceptive est un problème difficile qui peut servir à déterminer le sentiment de bien-être d’une personne au cours de la vie.

En ce qui concerne la pertinence de la pratique contemplative , une remarque finale mérite une mention à propos de l'accessibilité aux inférences perceptive et active. Bien qu'idéalement nous sommes supposés avoir le choix entre ces deux réponses minimisant les erreurs , souvent ça n'est
pas le cas. Bien que l'inférence active semble être la stratégie de régulation omniprésente et évolutivement conservée  (McBride,  2012), le reprofilage des sensations inattendues comme un problème de perception peut exiger l'entraînement des capacités attentionnelles , des intentions , et d'attitudes qui sont moins intuitives . Nos corps effectuent des inférences actives physiologiques avant même que nous soyons nés (Moor,  1968), et apprendre à appliquer l'inférence active manifeste sous la forme de vêtements , de l'alimentation , et autres manières de prendre soin de nous-mêmes est une caractéristique complexe , mais quasi-universelle du développement  de l'enfance. L'inférence perceptive à ces stades précoces pourrait ne pas être possible étant donné la limitation des ressources cognitives ou de la maturité, et en effet il peut être contre-productif à la maîtrise individuelle des réponses d'inférence actives. Dans la maturation, cependant, nous nous rendons compte que toutes les sensations inattendues ne peuvent pas être corrigées ou que nos réflexes correctifs habituels sont en fait inadaptés. Bien que les thérapies comportementales abordent ce problème en travaillant à amer dans l'attention de telles habitudes d'inférence actives manifestes, afin que les ils puissent être restructurés fructueusement, l'inférence perceptive peut exiger le développement d'un ensemble de compétences qualitativement différentes. Ainsi il est important de considérer que les inférences actives et perceptives ne sont pas également disponibles , et que l'inférence perceptive tend à être le moins disponible des deux, en l'absence d'apprentissage d'expériences spécifique.

	L'intéroception dans la Santé, la Maladie, et le Bien-être.
Il a été proposé que les représentations mentales de l'individualité sont basés essentiellement sur l'expérience sensorielle incarnée , au fondement du sentiment de soi dans le monde qui est crucial pour interagir avec l'environnement. (Seth,  2013). Dans cette perspective , une plus grande précision de l’autoreprésentation intéroceptive favorise une plus grande adaptation instant après instant, alors qu'une dissociation de la représentation exacte peut conduire à la dérégulation . En conséquence, de nombreux problèmes de santé contemporains impliquer des dérégulation des processus intéroceptifs , y compris les troubles affectifs (Paulus and Stein, 2010), l'addiction  (Naqvi and Bechara, 2010), les troubles alimentaires  (Garner et al., 1983; Pollatos et al., 2008;
Herbert  and  Pollatos,  2014), les douleurs chroniques  (Schmidt  et  al., 1989), les troubles de dissociation  (Hankin, 2012; Michal et al., 2014; Sedeño et al., 2014), les troubles de stress post-traumatique  (PTSD; Wald and Taylor, 2008), et les troubles somatoformes  (Mirams et al., 2012; Schaefer et al., 2012). Comprendre comment les processus intéroceptifs  influencent l'autorégulation les représentations de soi dans le monde peut conduire à l'amélioration des modèles de maladie et de traitement. (Pollatos et al., 2005).

Présence et Aptitude [agency]
Une approche pour comprendre les dysfonctionnements dans l'attention intéroceptive est d'appliquer le cadre du codage prédictif comme un modèle explicatif qui distingue les processus  adaptés et inadaptés. À cette fin, deux extensions du modèle ont été proposées , décrivant la façon dont les processus d'inférence décrit ci-dessus fonctionnent pour minimiser les erreurs de prédiction (EP). (Seth  et  al.,  2011). Le premier de ces concepts est la présence : La présence est considérée survenir lorsque les signaux d'EP intéroceptifs et/ou extéroceptifs ont été minimisés avec succès. Dans le compte rendu de Seth et al. (2011) une telle minimisation d'erreurs a été attribué aux inférences actives, manifeste ou physiologique, résolvant avec succès les sensations inattendues à  travers les réponses autonomes ou de comportement , donnant lieu à un sentiment d'engagement et de la connexion avec le corps et l'environnement. Cependant , nous proposons qu'à partir d'une perspective contemplative , la présence est aussi bien.accessible par l'inférence perceptive.
Il y a plusieurs façons que les  EP puissent être réduites pour donner lieu à la présence : dans un environnement de réalité virtuelle , des signaux intéroceptifs peut être masquée par des signaux externes explicites avec succès, tels que se voir se promener dans l'absence de signaux de mouvement proprioceptifs, ce qui conduit à un sentiment de présence par l'acceptation des 
signaux externes comme étant son propre état incorporé. Étant donnés les indices externes explicites dans un environnement de réalité virtuelle , un sentiment de présence peut venir plus facilement que d'essayer de détecter et faire correspondre les indices intéroceptifs faibles et chaotiques au sein du milieu interne bruyant. En revanche , dans la pratique contemplative le sentiment de présence à travers une variété d'expériences viscérales peut élargir la distribution des attentes intéroceptives (les aprioris ) , et réduire la précision de ces aprioris , ce qui minimise le potentiel de erreurs de prédiction . En d'autres termes , dans une carte de simulation qui permet une grande variation dans les entrées sensorielles , relativement peu de sensations viscérale sont assez extrême pour créer un e EP exigeant une réponse régulatrice.

Nous suggérons qu'avec les répétitions réussies d'inférences perceptives , l'influence des aprioris antérieures est ainsi affaiblie , ce qui conduit à des sentiments de mise à jour automatique de la carte de simulation : la présence sans effort. (Sjölie,  2014).  Alors que les individus en bonne santé  expérimentent probablement  une telle présence sans effort comme bien sûr importante,  il est probable que de telles expériences se déroulent à travers un continuum d'effort , avec des  difficultés extrêmes dans la réalisation de la présence se manifestant dans des troubles de dépersonnalisation et de déréalisation (Seth et al., 2011). Cependant, même au sein de la population en bonne santé, le degré auquel la présence est expérimentée et
entretenue peut dépendre des stratégies de régulation et des habitudes. Une personne dont l' habitude régulatrice est l' inférence active manifeste peut passer beaucoup de temps à la poursuite d'états intéroceptifs idéalisés, plutôt que d'apprendre à permettre à la régulation autonome d'atteindre plus subtilement et maintenir de tels états.  Une telle personne exigerait de plus grands efforts pour atteindre un sentiment de présence . En outre, un recours généralisé à l'inférence active pourrait réduire la possibilité de présence lorsqu'une sensation ne peut pas être facilement prise en charge par une voie de régulation active, que ce soit par le comportement manifeste ou par une régulation autonome. Dans de telles situations, la présence  sans effort peut sembler être état important, mais irréalisable, similaire à l'idéal d'accepter ses pensées négatives
et ses sentiments pour les personnes ayant des antécédents de dépression ou d'anxiété. (Pauley et McPherson, 2010). Pour ces personnes , apprendre à réduire les EP à travers l'inférence perceptive plutôt qu'active  peut constituer un changement radical dans l'auto- traitement, l'introduction d'une nouvelle stratégie de régulation fondée sur l'acceptation plutôt que le contrôle. On ne sait pas combien varient les sentiments de présence dans la population générale ; mais nous pourrions faire l'hypothèse que les expériences de présence sans effort sont au mieux rares, dans la culture occidentale moderne, avec sa frénésie et sa perpétuelle course au lendemain. 

A titre d'exemple de présence fonctionnant de façon adaptée , on pourrait imaginer la perception et puis l'acceptation d'une augmentation transitoire de la fréquence cardiaque inattendue. A la suite de l'étonnement initial , une personne peut se livrer à l'inférence perceptive , explorer le signal intéroceptif, que nous mettons en œuvre comme tentative de mettre à jour la carte de simulation pour correspondre à ce signal. L'acceptation pourrait alors se produire lorsque l'inférence perceptive simule avec succès la fréquence cardiaque élevée plus que dans l'état normal attendu. En acceptant le changement interne , la force de motivation de modification physiologique est minimisée, sans nécessiter la suppression de chaque attente ou des signaux intéroceptifs . En revanche, l'utilisation de l'inférence active manifeste pour résoudre l'événement inattendu  a été associée avec le sentiment  de l'aptitude [agency]  (Seth et al.,2011), un sentiment de contrôle sur ses actions dans le monde, sentiment que l'on peut produire des résultats particuliers.  L'aptitude peut être inspirée à la fois par la régulation directe de la sensation corporelle , ainsi que par des changements dans les schémas comportementaux qui contribuent indirectement à l'état intéroceptif. Dans le cadre de notre discussion sur l'intéroception et le bien-être , le sens de l'aptitude est important pour prendre en charge un sentiment de responsabilité dans l'autorégulation . Cela vaut tant pour les formes classiques d'inférence active manifeste,  comme de quitter un emploi stressant et aller vers un autre moins payé mais plus vivable, que  dans les pratiques contemplatives comme l'apprentissage que l'on peut réduire le sentiment d' excitation anxieuse par la régulation du souffle ou d'autres activités de régulation.

La présence et l'aptitude sont importants en ce qu'ils établissent les normes pour l'expérience et le contrôle qui guident le comportement et finalement déterminent le sentiment de bien -être . dans les troubles anxieux , par exemple , l'aptitude est obtenue par le retrait des situations stressantes , une forme d'inférence active qui est efficace dans le court terme mais finalement inadaptée, puisque cette personne n'apprends jamais que le résultat redouté n'est probablement pas vrai. Dans l'anxiété , les erreurs de prédictions sont augmentés- une personne peut faire l'expérience d'une réponse très agressive à un stimulus neutre à la base. (Paulus  and  Stein,  2006). Cette réponse d'aversion est augmentée plutôt qu'éteinte lorsque l' individu anxieux fait des anticipations catastrophiques de la sensation d'aversion, qui sont jumelées à des inférences actives pour gérer ces catastrophes en vue. Par exemple , si une accélération du rythme cardiaque pendant un exercice est évaluée comme une crise cardiaque, l'inférence active nécessite un voyage à l'hôpital. Si la respiration rapide avant de parler en public est évalué comme le manque de capacité qui va causer de l'embarras, inférence active exige le retrait social. En face des menaces à l'aptitude, les comportements inadaptés sont renforcées , ce qui interfère finalement avec l'exploration et la modification de sa relation à des événements stressants .

À partir d'un modèle de codage prédictif ,  le stress chronique peut conduire à une réduction de la précision de codage des EP en faveur d'aprioris forts autour de la reconnaissance de sensations d'aversion et en confirmation de comportements d'inférence actifs pour alléger cette sensation . Bien qu'il soit désagréable de faire l'expérience de l'excitation d'aversion inattendue  , c'est cette seconde appréciation secondaire autour de l'aptitude , la menace envers le contrôle de la situation, qui est la cause de la détresse profonde. L'idée que les constructions d'ordre supérieur (tels que l'aptitude) sont au cœur du bien-être subjectif est un thème central de la théorie de l'évaluation moderne (Scherer et al., 2001), tout comme la présence est au cœur de compte rendus contemplatifs du bien être (Brown et Ryan, 2003). Ces théories permettent d'ajouter du crédit au fait que la santé mentale subjective découle de nos inférences sur la capacité d'adaptation , pour laquelle chaque tentative d'inférence active ou perceptive sert de test momentané. Si des  EP imprécises poussent à des comportements d'inférence actifs inadaptés ou inefficaces, les inférences de faire face à l'échec sont susceptibles d'exacerber les sentiments d' impuissance et d'inefficacité et contribuent à l'impact délétère des facteur de stress.

Dans sa capacité à lier les évaluations de haut niveau de l'estime de soi à des actes régulateurs instantanés, le cadre de codage prédictif est utile pour comprendre de nombreux autres troubles , parce il suggère que le bien-être nécessite un entretien actif, à savoir , que la présence et l'aptitude doivent être continuellement construits grâce à la réduction réussie des  EP. (Paulus, 2007), indépendamment de l'équilibre entre l'inférence active et perceptive. Cette perspective contraste avec la notion que l'isolement de notre corps et du monde serait préférable sauf pour nous alerter sur des événements négatifs . Au lieu de cela ,c'est le manque d'intégration de simulations intéroceptives précises  dans des niveaux de représentations d'ordre plus élevés qui est supposé être à la base de la dérégulation cognitive et comportementale. Il y a dans cette observation une grande convergence avec les perspectives contemplatives. Par exemple , suite à un traumatisme , certaines personnes peuvent éprouver une dissociation de leur expérience corporelle, comme on en trouve dans certaines formes de dépression grave et de Stress Post-Traumatique (SSPT) (Feeny  et  al.,  2000). Dans de tels cas , les aprioris associé à des signaux d'erreur corporels peut avoir été liée à des expériences traumatiques, qui sont trop puissants pour être activement contrôlés (inférence active) , et trop aversifs pour être acceptés ou, comme dans de nombreuses orientations contemplatives , pour être modifiés simplement en étant observé (deux cas d'inférence perceptive [observation et acception]) . Étant donné que les signaux d'erreur ne peuvent pas être minimisés , la carte de simulation elle-même peut être supprimée sous la forme d'expérience d' évitement, une forme d'accoutumance de défense pour les signaux intéroceptifs puissant et incontrôlables , ou de comportement d'évitement des situations provocatrices.  Une telle inhibition peut équivaloir à une réduction de la précision des probabilités des aprioris sur la carte , de sorte que seuls des signaux sensoriels très puissants sont capables de déclencher une hausse des flux des erreurs de prédiction vers des couches de simulation plus élevées .

Tandis que l'évitement procure un soulagement momentané de l'attraction de l'attention vers les signaux d'EP, les inhibitions de la sensibilité intéroceptive peuvent également créer leurs propre série de problèmes psychosociaux , à la fois par l' obscurcissement d' importants indices intéroceptifs , l'absence de sensations intéroceptives souhaitables, et le maintien de croyances inadaptées sur le monde et de la relation avec lui.  (Paulus  et Stein, 2010).  En effet , la gravité de la dissociation somatique été liée à une plus grande susceptibilité aux illusions somatiques induites expérimentalement, ce qui suggère une dépendance excessive à des idées apriori qui interfèrent avec entrées sensorielles immédiates. (McKenzie  et Newport, 2015) De nombreuses traditions contemplatives débutent avec l'hypothèse que l'intégration intéroceptive  d'une personne souffrante peut être dysfonctionnelle ou déficiente ; pour remédier à cette situation , l'attention au corps peut retarder l'évaluation cognitive , créant un espace de restructuration du processus d'intégration.  (Shapiro  et  al., 2008).

L'entraînement Intéroceptif dans la Pratique Clinique

Les exemples spécifiques d'intégration intéroceptive dysfonctionnelle sont innombrables dans les troubles psychologiques . Par exemple , lorsqu'une personne souffrant de graves troubles de fixation envisage une interaction sociale de proximité, il y a souvent une différence immédiate entre les sentiments réels et attendus de relation, offrant une nouvelle source de surprise intéroceptive qui peut être appréhendée avec anxiété. (Rector et al., 2006; Gilbert et al., 2012). De même, il n'est pas rare pour une personne ayant un antécédent de traumatisme sévère d'être si anxieux qu'il est impossible de connaître des sensations positives dans l’interaction de proximité.(Fogel, 2009; Frewen et al., 2012). En l'absence de nouvelles informations intéroceptives , ces craintes et préoccupations peuvent prendre la qualité de la rumination , de pensée persévérante  qui est associée à un trouble de vulnérabilité. (Nolen-Hoeksema,  2000).   Le cadre de codage prédictif fournit une explication de la façon dont la rumination peut dominer l'attention : si des cartes de simulation fonctionnent avec une faible pondération de la perception , l'attention est le plus souvent attirée sur régulation active , laissant peu de possibilités d' expérience intéroceptive de présence,  un sentiment qu'une sensation est acceptable et tolérable , qui pourrait défier les attentes sombres et dysphoriques. L'entraînement contemplatif est largement axé vers la capacité de dé-programmer ces codages. Généralement, de telles distorsions cognitives de la réalité peuvent continuer sans entraves , ce qui conduit à une spirale descendante qui caractérise la nature chronique et récurrente  des troubles affectifs. (Raes et al., 2008).
Et pourtant , en dépit de l'importance de l'inférence perceptive pour le bien-être , il faut souligner que cette conclusion prise seule n'est pas une panacée, l'expérience perceptive n'est pas facilement dissociable de l'évaluation ultérieure , et donc même une intéroception exacte et précise peut puissamment activer les associations et les évaluations négatives conditionnées.  (Treleaven, 2009). Par exemple, dans l'anorexie nerveuse , les patients peuvent développer de puissantes associations entre la conscience des états corporels associés à la famine et un mode de «faire» qui met l'accent sur le contrôle de l'alimentation , la forme et le poids , se terminant finalement dans la répression intéroceptive une fois de plus (Watts et al., 2007; Park et al., 2011). Dans l'anorexie, apporter de l'attention à l'organisme sera d'abord contacter une augmentation plutôt qu'une diminution du comportement inadapté . Ainsi, il y a une raison  pour que l'intéroception devienne perturbé , et un accompagnement habile est particulièrement important pour rétablir l'accès à l'intéroception.
Si un cadre de régulation n'est pas en place , tels que la capacité [motivation] d'acceptation de sensations ambiguës ou difficiles , le rétablissement de l’accès intéroceptif -  ou la préconisation d'une intervention contemplative - pourrait introduire de nouveaux traumatismes . Par exemple,
accroître la sensibilité intéroceptive sans régulation compensatoire  peut être inadapté à une grave dépression et une personne suicidaire ou quelqu'un avec une douleur aiguë issue d'une grave brûlure. Dans de nombreux cas , cependant, il semble qu'une clinique ou un guidage contemplatif spécifiquement formés et habiles,  peuvent réussir à relever les défis inhérents à un ré-engagement intéroceptif. Par exemple , la recherche à propos de femmes en traitement pour des troubles de consommation de substances [médicaments, drogues],  suggère que quand elles sont invitées à découvrir la connexion entre la détresse physiologique et émotionnelle, elles apprennent souvent qu'elles ont la capacité et les compétences nécessaires pour prendre en charge et négocier le stress émotionnel. Une sensibilité intéroceptive accrue  fournit des indices nuancées pour les soins personnels, qui facilitent la régulation émotionnelle, réduisant les réponses de stress conditionnées de consommation de substances , et permettant à ces patients d'entretenir la sobriété.(Bowen et al., 2007; Price et al., 2012b). 
La nécessité d'un cadre d'interprétation pertinent est apparent dans la recherche psychométrique sur la pleine attention aux la sensation du corps , (Baer et al., 2008). Cette recherche sur le  questionnaire suggère que des niveaux élevés de cet aspect «d'observation» sont associés à des résultats de santé mixte dans la population générale , mais avec des résultats plus uniformément positifs chez ceux qui sont relativement dépourvus de traumatismes et ont reçu une formation en entraînement contemplatif. Un rapport publié récemment souligne que l'aspect  «d' observation» généralement donné, de devenir attentif aux changements corporels, pourrait changer dans ces approches dans un degré bien moindre que les aspects régulateurs de la sensibilité intéroceptive, c'est à dire, comment le corps est utilisé pour l'autorégulation dans la vie quotidienne. (Bornemann et al., 2014). Dans ce cas , un compte rendu personnel multidimensionnel  était suffisant pour distinguer entre les aspects du changement intéroceptif , et sert en tant que précédent important pour la poursuite de la recherche clinique. Il convient de noter , cependant, que la plus grande partie de la recherche clinique décrite dans la section suivante a utilisé seulement plus des rapports qualitatifs globaux de changement intéroceptifs , une constatation qui peut en fait suivre un effet d'entraînement sur une partie seulement des nombreuses facettes de l'intéroception.

Exemples Cliniques chez des patients atteints de Stress Post Traumatique ou de Douleur Chroniques

Afin de clarifier la pertinence de  l'intéroception dans la promotion du bien-être , il peut être utile d'examiner des exemples où l'entretien d'une intéroception adaptatée a obtenu un succès clinique. Les nouvelles recherches suggèrent que les pratiques contemplatives peuvent puissamment soutenir le processus de la redécouverte.intéroceptive. Dans le traitement de femmes ayant des antécédents de violence sexuelle interpersonnelle, les participants apprennent à s'engager dans l'inférence perceptive , à reconnaître quand les signes sensoriel de dissociation sont déclenchés émotionnellement , leur permettant de maintenir l'attention dans leurs corps au lieu de dissocier ces sensations comme à l'habituel, dans des réponses régulatrices actives[d'évitement].
Au fil du temps , les participants découvrent que leur corps peut être une ressource d'information aidante plutôt qu'une source de signaux menaçants qui devraient être évités . Ainsi , les sensations corporelles non incorporée au préalable dans la sensibilité peuvent être autorisés à entrer dans
l'expérience phénoménologique , et peuvent être mieux intégrés de façon appropriée dans les  auto-schémas. Ces expériences peuvent conduire à un plus grand sentiment de sécurité dans le monde , une plus grande capacité à s'engager dans des interactions intimes avec son conjoint / partenaire sans dissociation, à une plus grande capacité à négocier des environnements stressants et des  interactions, et enfin à ressentir une plus grande plénitude et autonomisation. (Price, 2005, 2007). 
Il reste à déterminer si ces pratiques contemplatives augmentent directement la précision intéroceptive, ou soutiennent à la place d'autres éléments de notre taxonomie intéroceptive , comme l'augmentation de la sensibilité à des événements intéroceptifs et la modération qui s'ensuit des habitudes de régulation.
Un autre exemple du potentiel de pratiques contemplatives réside dans la prise en charge psychologique de la douleur chronique , dont l'approche la plus couramment utilisée est actuellement la combinaison de recadrage cognitif par la thérapie comportementale-cognitive et la distraction de l'attention (Hoffman  et  al.,  2007). Récemment, cependant , il a été demandé si la distraction est efficace pour la douleur chronique ainsi ainsi qu'elle le fait pour les expériences de douleur aiguë (Goubert  et  al.,  2004). Une des raisons de reconsidérer les techniques de distraction est qu'une partie de la pathologie de la douleur chronique peut effectivement tourner autour des associations de peur inadaptée qui appauvrissent le traitement intéroceptif et exacerbent les syndromes de douleur , et des associations d'évitement conditionnés dont la distraction ne servirait qu'à renforcer plutôt que de les dissoudre. (Zaman  et  al.,  2015). Au lieu de cela , " l'exposition intéroceptive « peut constituer une alternative (Craske  et  al.,  1997;  Boswell  et  al.,  2013). Le Yoga comprend une formation intéroceptive , il est associé à une diminution de l'activité du cerveau préfrontal et a montré des bénéfices pour la gestion de la douleur (Villemure  et  al.,  2013). En gardant à l'esprit la question que la sensibilisation intéroceptive n'est pas toujours bénéfique , aidante , ou tolérable , il semblerait que ces exemples et d'autres suggèrent que dans de nombreux cas , le guidage  prudent de l'attention, renseignée par la théorie contemplative , et avec un accompagnement et des conseils au cas-par-cas , peut permettre aux gens de se reconnecter à leur corps avec un grand potentiel thérapeutique. Avec un soutien approprié , les patients peuvent apprendre à tolérer négativement les expériences conditionnées du corps, et acceptant éventuellement  leur réponse aversive préalable, ce qui libère les ressources cognitives pour la reconstruction du processus d'évaluation. (Park et al.,2012).
En résumé , l'intéroception est importante pour le bien-être , à un niveau pragmatique de maintien des états physiologiques souhaités dans le corps , mais aussi à un niveau épistémique pour ses contributions à la perception de la présence et de l'aptitude . En effet , de nombreux troubles psychologique sont caractérisés par des perturbations de la présence et de l'aptitude sous forme de dissociation ou de désespoir , ou par des solutions inadaptées aux violations de l'aptitude , tel qu'on le trouve dans retrait anxieux. L'entraînement contemplatif peut être efficace pour restaurer la dynamique adaptative  intéroceptive qui traite ces violations , en gardant à l'esprit la mise en garde que le reprofilage des signaux intéroceptifs doit être effectué avec du soin et de l'accompagnement pour augmenter la tolérance pour les sensation aversive  conditionnées. Comment de telles pratiques peuvent accomplir cet exploit réparateur est le thème de la section suivante.
	La Pratique Contemplative pour Revitaliser l'intéroception : 
	L'exemple de la Pleine Attention  « Mindfullness »
Compte tenu des preuves convaincantes que les processus intéroceptifs sont constitutifs de nombreuses formes de troubles affectifs ou connexes, nous pourrions demander comment l'intéroception peut être restaurée à un état optimal. L'expérience clinique suggère que la confiance dans  les signaux du corps  -comme des information potentielles pour le guidage décisionnel-  et la valorisation du corps -comme une ressource importante dans la direction de son comportement-, sont peut être des précurseurs majeurs de ce changement.  (Mehling et al.,2011). Dans le cadre de codage prédictif , la confiance ou l'acceptation des signaux intéroceptifs correspond à notre discussion sur l'augmentation de la pondération sensorielle, sur l'inférence perceptive , et l'entretien du sentiments de  présence. Alors que les  études scientifiques modernes ont beaucoup à dire sur la mécanique du corps , la façon dont ces mécanismes peuvent être utilisé pour cultiver un état phénoménologique plus incarnée n'a pas toujours été leur objectif. C'est dans cet effort pour comprendre le développement et le maintien de la présence et de l'aptitude que la science traditionnelle contemplative peut être utile.
Beaucoup de pratiques contemplatives axés sur le corps impliquent une direction explicite de l'attention aux sensations intéroceptives . L'exploration de l'attention intéroceptive sous beaucoup d'autres noms est central dans les traditions contemplatives , médicales et philosophiques asiatiques.
Surtout, elles sont présentées dans un contexte philosophique d'exploration des vues erronées à propos du soi et de la subjectivité individuelle , qui résultent en partie d'ignorance , de mauvaise interprétation , ou du manque d'expérience de niveaux intéroceptifs plus subtils. De telles pratiques contemplatives ,bien qu'elles puissent avoir de nombreux autres buts en plus de la formation de sensibilisation intéroceptive , offrent souvent une méthode d'entraînement dans cette attention, pour réorienter l'expérience à partir de la distraction (ou autre) vers le contrôle de l'attention , de l'effort vers l'aisance, de la séparation vers la connexion. Tous ces changements sont réputés bénéfiques . Dans cette section, nous mettrons l'accent sur les traditions de méditation de pleine attention du fait de leur contribution à un sentiment de présence grâce à des pratiques d'attention intéroceptives le plus souvent stationnaires. Il est toutefois important de noter que d'autres traditions, basées sur des mouvements, telles que le yoga ou taï-chi peuvent être particulièrement bien adapté vers l'entretien de l'aptitude. Une grande partie de la recherche est nécessaire pour explorer les effets de pratiques particulières sur le codage prédictif de l'attention corporelle.
Parmi les traditions contemplatives , la pleine attention a récemment reçu une visibilité particulièrement forte dans les sciences modernes . Il existe une abondante littérature sur les bénéfices de santé obtenues par les approches de pleine attention - pour voir un aperçu voir  (Grossman et al.,2004;  Chiesa  et  Serretti,  2009;  Hofmann  et  al.,  2010), en particulier dans le domaine de la prévention de la rechute chez les personnes vulnérables à la dépression  (Goyal  et  al.,  2014).Il devrait être noté que l'entraînement intéroceptif  est seulement un aspect des contributions de la pleine attention , qui souligne également de changer son rapport au contenu de la pensée. Néanmoins , ses contributions peuvent représenter l'introduction la plus importante de l'entraînement Occidental. Les approches de Mindfulness peuvent être particulièrement efficace pour réduire la dissociation somatique à partir de douleur chronique et de traumatismes sexuels (Price, 2007) mais aussi dans d'autres troubles de la santé mentale des tels que la consommation de substances (Price et al., 2012b) , la dépression (Williams et al., 2013), l'anxiété  (Hoge et al., 2013) , et les troubles alimentaires (Daubenmier et al., 2011). Il est suggéré que les pratiques de pleine attention intéroceptive  produisent des changements significatifs à travers une variété de domaines cognitifs , y compris l'auto- référence (Brown et Ryan, 2003; Farb et al., 2007; Ingram et al., 2011), l'attention  (Jha et al., 2007; De Raedt et Koster, 2010), la régulation émotionnelle (Ortner et al., 2007; Jha et al., 2010), la perception de la douleur  (Zeidan et al., 2010a; Gard et al., 2012), l'aptitude  (Allen et al., 2009), et les sentiments d'appartenance sociale  (Hutcherson et al., 2008; Neffand Germer, 2013); voir (Hölzel et al., 2011) pour un bilan intégral.
Les définitions scientifiques modernes conceptualisent la pleine attention comme une attention ouverte , engagée , et sans porter de jugement sur le flux de l'expérience actuelle de l'instant, y compris  l'expérience interne  des sensations , des pensées et des sentiments , ainsi que les sensations extéroceptives . Il a été avancé que l'un des moyens initiaux et basiques  par lequel la pleine attention profite à ses praticiens, est d'ancrer l'attention aux signaux intéroceptifs, tels que le souffle ou les sensation du corps.(Mehling et al., 2011; Kerr et al., 2013; Farb et al., 2014), une idée soutenue par les comptes-rendus d'entraînements d'une attention subjective accrue du corps (Mehling,  2001) , et un renforcement accru des réseaux du cerveau dédiés aux processus intéroceptifs.(Farb et al., 2013). L'attention concentrée sur les sensations corporelles est au moins l'une des méthodes par laquelle la pleine attention façonne la cognition ;(Hölzel et al., 2011) avec la stabilité de l'ancrage intéroceptif , les praticiens s'engagent dans un suivi ouvert de l'expérience , qui, à partir d'un point de vue laïque et moderne de l'usage des  pratiques contemplatives à des fins thérapeutiques,  révèle et affaiblit les motifs réactifs inadaptés de façon à ce qu'ils puissent être modifiés de façon adaptée.  (Lutz et al., 2008; van den Hurk et al., 2010). À partir du cadre de codage prédictif , les pratiques contemplatives axées sur le corps peuvent modifier les processus intéroceptifs en modifiant les habitudes usuelles depuis l'inférence active vers l'inférence perceptive, améliorant l'intégration de bas en haut sur ce qui se passe dans le corps, plutôt que de tenter de modifier la sensation du corps pour l'adapter à des attentes de ce qui devrait arriver dans le corps, de haut en bas. (Pagnoni  and Porro,  2014). Étant donné que même les perceptions de bas niveau des sensations intéroceptives s'appuient généralement à la fois sur l'intégration des processus sensoriels et des attentes, se livrer à un pratique intéroceptive contemplative peut réduire la précision des attentes antérieures , réduisant la capacité des aprioris de déclencher des erreurs de prédiction (EP) en réponse à sensations entrants . Par  conséquent cet élargissement des entrées sensorielles acceptables peut donc permettre des représentations plus précises et dynamiques de la sensation , ce qui donne des réponses comportementales plus nuancées , et mieux adaptées.

L'abondance des études empiriques sur l'entraînement des mécanismes de l'attention , en fait un point de départ utile pour discuter de comment les pratiques contemplatives peuvent avoir une influence sur les processus intéroceptif. Ci-dessous , nous décrivons plusieurs domaines dans lesquels les traditions contemplatives tels que la pleine attention peut positivement influencer le processus intéroceptif , en reconnaissant que ces domaines sont susceptibles d'interagir et de se soutenir mutuellement d'une façon dynamique ( plutôt que linéaire ) et synergique.

La Sensitivité Améliorée
Contrairement à la perception des méditants , même expérimentés, la pleine attention ne semble pas augmenter généralement la sensibilité intéroceptive lors de l'évaluation en laboratoire , du moins lorsque la mesures la plus courante de précision intéroceptive , le rythme cardiaque, est concerné.  (Khalsa et al., 2008; Parkin et al., 2013). La pleine attention peut toutefois augmenter la sensibilité intéroceptive dans des domaines qui sont les foyers des  pratique méditative , telles que la sensation du souffle (Daubenmier  et  al.,  2013), ou les indices intéroceptifs indiquant la présence de schémas réactifs subtils. Même les brèves méditations de Scan-Corporel réduisent les erreurs dans la tâche subtile de détection de signaux somatiques.(Mirams  et  al.,  2013), de même que  l'acuité tactile améliorée en lien aux pratiques de taï-chi. (Kerr et al., 2008). 
En outre , l'entraînement de la pleine attention semble modifier les tendances de l'attention intéroceptive , en concentrant l'attention sur les sensations intéroceptives plutôt que sur l'évaluations cognitives de ces sensations.  (Garland et al., 2012), en accord avec un modèle dans lequel les pratiques contemplatives décalent les stratégie de régulation des inférences actives aux  perceptives . En tant que telle, l'amélioration de la sensibilité suivants l’entraînement de la pleine attention peut constituer une sorte de « d'éthique incarnée » qui favorise le déploiement de l'attention intéroceptive, un engagement quotidien à l'inférence perceptive plutôt qu'une amélioration de la sensibilité elle-même. (Grossman, 2015).
Une conséquence de l'augmentation de l'inférence perceptive est l'augmentation de la granularité de l'expérience intéroceptive , la réduction de l'influence émotionnelle  d'auto-évaluation de l'expérience, en faveur d'une clarté accrue et de la sensibilité à la subtile provocation émotionnelle (Nielsen and Kaszniak, 2006). Une telle sensibilité peut se manifester à plusieurs niveaux de la carte de simulation , permettant à des praticiens des reconnaître des dynamiques subtiles et plus longues de l'excitation physiologique, la dynamique qui devrait normalement être masquée par des  évaluations cognitives arrêtées, en réponse aux premières perturbations. Le bienfait de l'amélioration de la granularité est une occasion d'apprendre plus sur son corps et sur son conditionnement dans le monde. Effectivement, les praticiens de la pleine attention montrent précision accrue entre les mesures subjectives et objectives de la sensibilité du corps , un indice de la sensibilité relative dans différentes zones du corps. (Fox et al., 2012), et un accroissement de la cohérence entre les états physiologiques et les états subjectifs.  (Sze et al., 2010). Cette cohérence permet une meilleure appréciation de comment des situations stressantes impactent à la fois l'esprit et le corps , ce qui augmente les chances d'actions de régulation adaptée. En outre , parce que l'intéroception engage les même voies neurales que les émotions pro-sociales telles que l'empathie (Singer et al., 2009), une sensibilité intéroceptive accrue pourrait aussi conduire à une meilleure intégration sociale , bien que la preuve directe de cette relation est encore nécessaire.
Une Non-Réactivité Améliorée
Les bénéfices les plus profonds des pratiques contemplatives se trouvent dans l'effet de levier de la non-réactivité pour générer une régulation à partir d'idées adaptées et pertinentes. Le modèle de codage prédictif peut tenir compte de la disponibilité de ces idées pertinentes à travers la notion de pondération précise , à savoir , combien une personne répartit ses ressources métabolique et d'attention entre ( i ) se représenter, explorer et accepter des signaux sensoriels inattendus , à savoir , les erreurs de prédictions (EP), et (ii) maintentir des attentes apriori. Comme on l'a vu, l'attention peut amener à une plus grande précision de pondération sensorielle que les aprioris, qui favorise à son tour l'inférence perceptive plutôt qu'active manifeste. (Figure 1). A la fois les inférences perceptuelles et actives manifestes, nécessitent l'utilisation de ressources métaboliques, comme en témoignent les sentiments d' effort lorsque l'on s'engage dans l'un des deux processus. Cependant, seulement l'inférence active manifeste engage une élaboration cognitive , nécessitant l'évaluation cognitive des nombreuses actions potentielles disponibles en réponse aux perturbations intéroceptives . Étant donné que l'inférence active manifeste est susceptible de consommer beaucoup plus de ressources métaboliques , les individus doivent tenter d'optimiser la précision des  données sensorielles entrantes et les aprioris pour minimiser le gaspillage d'effort de régulation.(Fotopoulou, 2013). Malheureusement , pour les personnes ayant des tendances fortes de régulation conditionnée, à savoir , le réglage de haute précision des aprioris, cette minimisation peut s'avérer difficile face à des réponses de régulation apparemment automatiques et obligatoires. Résoudre la déconnexion entre l'idéal d'efficacité régulatrice et la réalité de l'inférence active conditionné est un problème non négligeable.
Nous émettons l'hypothèse que l'un des grand bénéfices des pratiques contemplatives intéroceptives  est de fournit une voie vers l'inférence perceptive face à un tel conditionnement , détendant efficacement les tendances d'évaluation . Tout en exigeant une attention , l'inférence perceptive libère les niveaux d'ordre supérieur de la cognition, émergents et passants,  sans attachement particulier à une évaluation donnée de l'état simulé. En d'autres termes , l'inférence perceptive libère des ressources de haut niveau pour permettre la métacognition , et la représentation de l'état d'esprit actuel. Comme on l'a vu,le simple fait de l'observation elle-même,  peut créer un changement , peut-être même sans mise en mouvement de ressources d'ordre supérieur. L'idée que les pensées peuvent être considérées comme des événements mentaux transitoires plutôt que comme des indices à l'action immédiate est souvent désigné comme decentering [dés-ego-ification, lâcher-prise, et non pas décentrage NDT] ou reperceiving [réappercevoir] dans la littérature de l'attention.  (Shapiro et al., 2006; Fresco  et  al.,  2007), et peuvent être une conséquence adaptée de réponse à des expériences excitantes utilisant l'inférence perceptive plutôt qu'active. Le decentering peut également être liée à l'arc intentionnel, qui définit la pratique de la pleine attention en mouvement et l'entretient dans la durée. L'entraînement à la pleine attention semble particulièrement bien adapté pour favoriser le lâcher-prise lié à la relaxation musculaire progressive ou les interventions de la gentillesse aimante.  (Feldman  et  al., 2010), peut-être en raison de l'amélioration explicite de la pondération précise sensorielle au détriment de l'inférence active. Un tel lâcher-prise peut ne pas être une fin en soi , mais aussi un possibilité de recentrage [recentering] souple sur des sensations habituellement ignorés qui constituent des expériences significatives, constructives et positives . En conséquence, l'expérience de la pleine attention a été associée à une augmentation de la souplesse cognitive. (Moore and Malinowski, 2009). De cette façon, les processus dédiés aux signaux intéroceptifs peuvent servir à favoriser la non-réactivité conceptuelle dans l'expérience, ce qui, à son tour favorise le bien -être.
La Régulation Améliorée 
Dans l'espace métacognitif qui est offert par non-réactivité renforcée  , de multiples évaluations intéroceptives peuvent être observées comme apparaissant, et passant. Dans la perspective du lâcher-prise, une personne peut prendre conscience à la fois de ses  tendances d'évaluation les plus directes, à savoir , survenant fréquemment et puissamment , mais aussi des options d'évaluation alternatives. A partir de l'attention à des  options multiples, la souplesse de choix peut être directement expérimentée, permettant ainsi des évaluations et des actions dans le temps potentiellement plus adaptées et créatives. A titre d'exemple , une personne dans une situation de parole stressante en public peut utiliser son attention consciente à remarquer sa réponse physiologique élevée. De cette perspective, les évaluations de la menace d'une incompétence peuvent rapidement se produire , mais avec une attention soutenue envers la perception sensorielle , de telles évaluations peuvent également passer, entrecoupées de faible , et moins fréquentes évaluations de risque de défaillance, le soutien des proches, et le sentiments de détermination . Avec cet plus grande tableau des évaluations devant elle, le locuteur peut choisir d'évaluer son excitation comme un défi surmontable plutôt qu'une menace imminente qui exige le retrait de la situation . C'est à travers ce processus formant la perspicacité, qu'une attention intéroceptive peut à la longue amener l'engagement au-delà des évaluations habituelles, pour promouvoir des expériences de perspicacité et de choix.
Avec la pratique, les répétitions d'attention pondérée vers l'inférence perceptive peut permettre à un individu de se déconditionner de façon permanente, et éventuellement remplacer les évaluations des facteurs de stress environnementaux comme menace par une exploration de ces facteurs de stress , les considérant comme des défis à explorer, une distinction avec des conséquences importantes pour réduire le stress physiologique. (Tomaka   et   al.,   1993). Au fil du temps , ce processus de surmonter l'évaluation dysphorique ou catastrophique habituelle,  en faveur d'une carte de simulation moins rigidement déterminée, peut entraîner des trajectoires positives pour la transformation , spiralant vers le haut en faveur du bien-être. (Garland et al., 2010, 2011).
Un exemple de pondération sensorielle précise adaptée au cours de la la pleine attention peut être trouvé dans l'étude de la perception de la douleur. La perception de la douleur  est conçue à la fois avec une composante sensorielle , représentant l'intensité et l'emplacement du signal intéroceptif, et une composante affective , représentant la pertinence motivante  du signal en terme d'agréable ou désagréable.(Melzack,  1975), une distinction traduite par la recherche en neuro-imagerie. (Tölle et al., 1999). Dans une étude récente (Farb et al., 2013), la pleine attention consciente chez des  méditants expérimentés a été associée à une attention accrue des signaux de bas en haut comme reflété dans l'augmentation de l' activation de l'insula postérieure, une région primaire de représentation intéroceptive (Craig, 2002; Farb et al., 2012b), mais a diminué les processus de haut en bas comme reflète une diminution de l'activité corticale préfrontale latérale , une région impliquée dans l'évaluation cognitive  (Ochsneret al., 2004). Ces modifications neurales sont liées à un changement dans l'expérience de la douleur , tels que la douleur a été perçue comme tout aussi intense mais moins désagréable lors d'un état de pleine attention. En l'absence de jugement cognitif,  la cognition peut être libre d'envisager d'autres interprétations des états sensoriels . Du point de vue de la régulation , cette liberté permet à un individu d'explorer différentes formes d'inférence active, et peut-être même révèlent que la régulation active de signaux intéroceptifs n'est plus nécessaire.

La Perspicacité Améliorée
Alors que l'inférence perceptive , par définition , empêche l'élaboration cognitive immédiate sur les sensations, dans le long terme , un plus grand corpus d'informations intéroceptive fournit un ensemble plus riche de données permettant d'enquêter sur les sources habituelles des perturbations intéroceptive , afin d'identifier la relation entre l'expérience somatique intérieure  et l'expérience cognitive , et les réponses internes aux événements extérieurs et aux stimuli . Cette prise de conscience métacognitive peut conduire à la perspicacité, la reconnaissance de la façon dont les événements, les émotions, les pensées , et sensations corporelles se rapportent les uns aux autres.  (Lavie et al., 2003; Sze et al., 2010) Par exemple, des études récentes sur la possession du corps [body ownership] montrent que le sentiment de « son propre corps » peut être manipulé expérimentalement par induction rétroactive visuelle et tactile  (Ainley et al., 2013; Suzuki et al., 2013) mais ceux qui ont une plus grande précision intéroceptive (p.e. évaluée par détection du rythme cardiaque ) sont moins sensibles à des illusions de propriété du corps.(Tsakiris  et  al.,  2011). Cette « illusion de main en caoutchouc" est un bon exemple de l'attention principalement tournée vers les aprioris de l'interprétation de l'entrée visuelle plutôt que vers vers les erreurs de prédiction découlant des signaux intéroceptifs afférents de la main. Pour que la perspicacité émerge, il n'est pas nécessaire d'avoir une précision parfaite dans cette représentation de signal intéroceptif ; cependant, la perspicacité pourrait émerger comme un processus de pondération avantageant les EP sensorielles plutôt que les apriori, ce qui conduit à une simulation plus fidèle de l'état du corps.
En théorie , les pratiques contemplatives pourraient même réduire des fausses conclusions sur les relations entre notre corps le monde.  Comme les signaux intéroceptifs informent l'expérience émotionnelle , la pratique contemplative peut favoriser un cycle de prise de conscience de la contingence entre déclencheurs environnementaux , réponses corporelles , évaluations cognitives , et les expériences émotionnelles. Cette connaissance pouvant alors ensuite être mis à profit pour réguler la cognition et le comportement au service du bien-être émotionnel . Nous soutenons que ce processus se produit de façon optimale lorsque l'intéroception est considérée comme fondamentale pour l' expérience émotionnelle , et qu'ainsi l'attention intéroceptive devient un base pour s'engager dans le traitement des émotions , la sensibilisation , et la régulation de l'escalade rapide des réponses émotionnelles au stress. Par exemple , dans une étude pour le traitement des troubles de femmes dans l'utilisation de substances [médicaments, stupéfiants] , celles qui ont été entraînées à la sensibilisation intéroceptive  et aux compétences associées pour l'auto-soin,  ont perçu une telle attention intéroceptive comme facilitant leur capacité d'identifier, d'accepter et de traiter leurs émotions , facteurs-clés de régulation qu'elles liaient à la réussite de prévention de la rechute dans l'utilisation de substance (Price et al., 2012a). Grâce à ces cycles introspectifs , la perspicacité est favorisée ce qui modifie radicalement l'inférence des signaux intéroceptifs , vers l'inférence perceptive plutôt qu'active , explorant les facteurs en cause plutôt que d'exiger une inférence immédiate et une réponse à la cause intéroceptive. En dépit de ces revendications attrayantes , d'autres recherches sont nécessaires pour étayer l'idée que la pratique de la pleine attention permet de modifier la mesure dans laquelle des signaux intéroceptifs spécifiques sont pris en charge et sont reçus avec une granularité fine, dans la vie quotidienne.

La Présence et l'Aptitude Améliorées
Si le lien entre l'inférence perceptive et la perspicacité peut être empiriquement validée, il y a beaucoup de bénéfices secondaires qui peuvent en découler. Par exemple , la capacité de la pleine attention à restreindre les tendances réactives habituelles peut améliorer le sens de la présence et de l'aptitude, et en effet l’entraînement de l'attention a été associé à un contrôle moteur accru  pendant  des conflits perceptuel-moteurs. (Teper and Inzlicht, 2013). L'amélioration de l'intégration perceptuelle-motrice, reflétant une aptitude accrue, peut avoir un impact sur les auto- représentations relatives à une capacité à contrôler l'environnement , ce qui peut avoir des conséquences importantes pour le sentiment de bien-être. Au minimum, la pondération accrue des signaux intéroceptifs peut augmenter la précision intéroceptive , faisant diminuer l'impact des simulations dysfonctionnelles et des auto-représentations sur la cognition et le comportement , comme précédemment proposé (Farb  et  al.,  2012a). Par exemple , la dépression est caractérisé par des signes externes de contrôle, d'impuissance apprise , et une faible estime de l'auto-efficacité , et certaines de ces données suggèrent que les gens déprimés ont moins bonne précision intéroceptive (Ehlers and Breuer, 1992; Pessoa and Ungerleider, 2004; Dunn et al., 2007; Pollatos et al., 2009), tandis que l'entraînement à la pleine attention semble renforcer l'auto-efficacité  (Chang  et  al.,  2004). En outre , l'entraînement à la pleine attention a été associée à un retour à la normale des  schémas de la démarche de personnes déprimées , suggérant des changements simultanés dans les réponses proprioceptives et émotionnelles (Michalak  et  al.,
2011) La Présence et l'aptitude semblent importer pour l'autorégulation physiologique  : l' illusion de la main en caoutchouc , dans lequel l'illusion visuelle-tactile diminue le sentiment de propriété du bras , aboutit à la diminution de la porosité de la peau  et de la température,  (Moseley et al., 2008) et augmente la libération de l'hormone de stress dans ce bras (Barnsley et al.,  2011), sans fournir un soulagement de la douleur en rapport dans ce bras (Mohan et al., 2012). Ces constatations suggèrent qu'une stratégie pour minimiser les EP intéroceptifs par la substitution d' entrées intéroceptives avec des entrées extéroceptives conduit à des changements physiologiques dysfonctionnels , et , dans le long terme , malsains,  dans la région corporelle concernée . Inversement , nous pourrions émettre l'hypothèse que la réduction de PE, par une augmentation la précision sensorielle de pondération intéroceptive sur les aprioris, peut créer un sentiment de présence incarnée, et est en mesure d' inverser de tels changements physiologiques dysfonctionnels.
        Au fil du temps , un sentiment accru de présence et d'aptitude commencera également à renforcer les niveaux supérieurs d'auto- représentations tel que l'amour propre. Grâce à ce processus , une personne peut développer plus de confiance dans son engagement avec l'inférence intéroceptive , qui peut à son tour renforcer le cycle exploratoire entre l'inférence perceptive et active, favorisant à nouveau le bien -être.(Garland et al., 2010, 2011). Il reste à tester si une attention intéroceptive accrue peut produire des effets  différentiels cognitivo- émotionnel - physiologique lorsqu'elle est placée dans différentes parties du corps, et les théories contemplative  peuvent guider la formulation de ces hypothèses . La recherche future pourrait examiner dans quelle mesure les pratiques contemplatives renforcent le sentiment de la présence ou de l'aptitude, qui pourrait expliquer l'amélioration de l'auto- efficacité, et les aspects de la santé mentale liés.
 En particulier, les pratiques du mouvement tels que le yoga et le taï-chi peuvent plus facilement promouvoir un sentiment  accru de l'aptitude. La possibilité d'y explorer des signaux sensori-moteurs dans des mouvements au ralenti et contrôlés est évidente.

Des Expériences Positives Intensifiées
Une autre conséquence en aval du renforcement de la capacité intéroceptive peut être la faculté à s'engager et apprécier les sensations agréables . Dans le cas d' interventions avec l'alimentation en conscience , par exemple, les pratiques impliquent d'apporter une plus grande attention dans le plaisir de voir , de sentir, de goûter , et de manger des aliments au goût agréables  et en remarquant lorsque la satisfaction diminue, et lorsque les mécanismes de satiété  avec un goût spécifique apparaissent. (Kristeller and Wolever, 2010;  Daubenmier  et  al.,  2011). En effet, beaucoup d'entraînements de l'attention comprennent un exercice où l'on goûte du raisin   (Kabat-Zinn,  1990), dans lequel un accroissement de la pondération sensorielle précise est encouragé, pour décentrer les interprétations habituelles de l'acte de consommation , remplacé par le recentrage sur des aspects positifs inattendus de l'expérience . La possibilité d'entrer dans de tels états sensoriels et et d'apprécier les sensations positives est important , parce que les réponse du cerveau, dans les régions de récompense du à la consommation d'aliments agréables au goût ( milkshakes...) sont réduites, étant associées avec une augmentation de poids non désirée (Stice et al., 2010). Une telle activation réduite peut rendre compte de l'expérience subjective de «chasser le goût » dans une consommation continuelle. Il reste à déterminer si une sensibilisation accrue au goût agréable, d'aliments savoureux augmente l'activation de récompense et, finalement, réduit la consommation d' aliments, en particulier parmi ceux qui sont facteurs de surpoids. De même, les interventions basées sur la pleine attention pendant la récupération de la toxicomanie semblent augmenter la réactivité intéroceptive aux récompense naturelles,  tout en diminuant la réactivité aux indices de drogue, un effet corrélé avec des réductions dans l'état de manque.(Garland et al., 2014).  Alors que l'attention intéroceptive s'élargit jusqu'à permettre des réactions à des indices moins conditionnés , il semble que peut alors s'ensuivre une libération des cycles inadaptés d'avidité.  (Khanna and Greeson, 2013). En outre , les comptes rendus classiques d'entraînement à la pleine attention  suggèrent que l'exploration continue de l'expérience , y compris le conditionnement intéroceptif , peut elle-même conduire à des sentiments de joie et de ravissement (Brewer et al., 2013); l' importance de tels sentiments est rendue concrète en considérant l'influence de la pleine attention sur ceux-ci, et d'autres troubles cliniques.
Effets sur l'Incorporation

Enfin, il est important de noter que, parce que la pratique de pleine attention elle-même a lieu dans un contexte incarné , l'engagement dans les processus intéroceptifs peut promouvoir davantage d'effets physiologiques. Un exemple commun à toutes les traditions bouddhistes est l'importance de la position assise à cultiver la stabilité attentionnelle et l'équilibre émotionnel. Comme indiqué traditionnellement dans la tradition bouddhiste tibétaine  : « Quand le corps est droit [straight, rectitude], les canaux sont en ordre , lorsque les canaux sont en ordre , les énergies sont en ordre , lorsque les énergies sont en ordre l'esprit est ordonné " (Rinpoche,  1998). Une posture assise droite est considérée comme influençant la circulation de l'énergie à travers les canaux et de ce fait améliorant l' efficacité de la pratique de la méditation . On pourrait faire l'hypothèse que de simplement s'asseoir dans cette posture sans s'engager dans une pratique méditative peut avoir des effets bénéfiques. Les postures droites sont associées à des résultats physiologiques améliorés chez les patients hospitalisés (Convertino, 2003). Et en effet , s'asseoir dans une posture droite sans réellement se livrer à la pratique de la méditation , visant un « simulacre de méditation, " est associée à un ralentissement de fréquence respiratoire qui prédit une estimation de diminution des désagréments de la douleur. (Zeidan et al., 2010b).  Un autre exemple est la méditation de pleine attention associée à une diminution de la variabilité de la fréquence cardiaque. (HRV;  Ditto  et al., 2006), en particulier dans la bande des hautes fréquences , un indicateur de l'activation parasympathique (Wu and Lo,2008; Krygier et al., 2013). Un plus grand repos de HRV est associé à une foule de bénéfices cognitifs; y compris une attention plus soutenue , la mémoire de travail , et le contrôle réponse-moteur  (Thayeret al., 2009). Ainsi, lorsque la pratique de la pleine attention  se déploie , l'attention consciente influence les systèmes physiologiques, qui en retour influencer les processus cognitifs dans une auto-renforcement cyclique. En d'autres termes , le procédé de prêter attention aux sensations intéroceptives donne le temps pour les processus autonomes de restaurer l'homéostasie , au lieu de perpétuelles habitudes inefficace ou inadaptés, qui dépendent de l’intervention du comportement manifeste. L'attention à l'homéostasie peut générer des sentiments de calme , de paix , et de la satisfaction , une plus grande connexion à d'autres, et un désir diminué de rechercher des stimuli de récompense externes qui suivent un programme hédoniste. Contrairement aux récompenses externes, la récompense des prédictions affinées de la perception peut être continuelle. Toutefois , cela ne veut pas dire que la méditation de pleine attention prédispose aux états d'observation passive , mais un tel entraînement peut augmenter la capacité de répondre de manière plus adaptée aux défis de l'environnement et de revenir à l'homéostasie plus rapidement.

Pris dans leur ensemble , la conséquence des pratiques contemplatives intéroceptives  est le découplage de l'arc hédoniste des réponse aux stimulus, à savoir , une plus grande capacité à ne pas répondre automatiquement au désagrément avec l'évitement aversif, et au plaisir avec l'inclination avide. Cette relative libération des habitudes intéroceptives d'évaluation qui animent le comportement peut optimiser l'homéostasie ce qui devient un processus d'auto-renforcement . Ainsi , ce modèle peut servir comme hypothèse de travail pour les mécanismes de l'action soulignant comment les changements dans l'attention intéroceptive résultant de la pratique contemplative peuvent améliorer la santé et le bien-être, y compris les troubles dissociatifs ,
la douleur et l'addiction. Des recherches sont nécessaires pour mieux comprendre quelles variations différentielle dans dans les focalisations particulières de l'attention intéroceptive
 provoquent ensuite certains effets salutaires.
Mise en garde sur la primauté du Processus Intéroceptif
Certes , il semble peu probable que l'entraînement contemplatif peut ou devrait avoir pour but d'engendrer une sensibilité continuelle et totale de la panoplie de sensations intéroceptives présentes à chaque instant. Au lieu de cela , l'attention habile à la sensation intéroceptive peut améliorer autorégulation (Bornemann et al., 2014), permettant à un individu d'agir de façon à se rapprocher de son état homéostatique optimal. Nous avons fait valoir qu'une attention intéroceptive accrue représente une façon de revenir à l'«être»,  dans un monde qui donne la priorité au «faire », rétablissant l'équilibre entre les deux. Cet équilibre peut alors servir à favoriser une souplesse dans la régulation, avec l'idéal d'apporter un « flux » dans l'expérience , l'alignement de l'être avec le faire en vivant une vie riche de sens et satisfaisante . Il se peut que l'une des raisons pour laquelle la focalisation sur le corps a un tel potentiel positif, est que la rumination mentale, déjà montrée en grande partie comme un facteur négatif dans l'expérience , se fait dans l'ensemble, en déplaçant l'attention sur le passé ou le le futur (Killingsworth and Gilbert, 2010). En revanche , le corps est toujours dans le présent. Être attentif au corps ancre donc l'esprit dans le présent, loin de la rumination . Certes , il existe d'autres formes de focalisations centrées sur le présent qui peuvent distraire de la rumination, tel que regarder la télévision , et la littérature de recherche comprends de nombreux bénéfices de régulation à court-terme et de stratégies de distraction.  (Sheppesand Meiran, 2007; Denson et al., 2012).  Cependant , la distraction peut conduire à un ultérieur «   effet rebond » lorsqu'une personne est confrontée à un facteur de stress non résolu lié à des  conditions, dans lesquelles ce facteur de stress était directement impliqué.  (Thiruchselvam et al., 2011). Alors que plus de recherches sont nécessaires pour bien distinguer les effets des stratégies de régulation basées sur  l'attention , tels que l'attention et la distraction consciente, une prise en considération habile du facteur de stress lui-même peut être la stratégie la plus adaptée (Kross and Ayduk, 2008), et dans tous les cas une amélioration par rapport à la rumination. 
Le chemin à parcourir
Autres éléments des approches contemplatives de l'intéroception
Un dialogue en continu avec les représentants des pratiques contemplatives traditionnelles devrait pouvoir explorer davantage comment elles parviennent à comprendre et moduler l'écoulement des sensations à travers le corps pour améliorer la santé et la guérison . D'après de nombreuses perspectives contemplatives et médicales des pays d'Asie, les perturbations ou les blocages dans le« flux » des sensations du lung / Qi / Prâna sont liés à la maladie , et la libre circulation du Qi est liée à la santé , ainsi qu'à la perspicacité , la bonté de cœur , et d'autres qualités positives , qui sont des principes de la littérature médicale tibétaine. (Loizzo et al., 2009). Leur compréhension du corps est non seulement une question d'attention intéroceptive; c'est plus explicitement une voie pour explorer et réviser profondément la conscience de soi , l'aptitude , et   la substantialité qui porte sur  pratiquement toutes les activités dans la vie. Les apports de ces questions , et leur potentielle significations résultant sur la santé mentale et physique pourraient être une entreprise fructueuse pour la recherche future.
Dans ces traditions asiatiques , l'intérieur du corps , l'abdomen profond, ou le cœur , ou les profondeurs de la tête , sont des zones importantes pour concentrer l'esprit . Le réseau des canaux et les " chevaux de vent " se déplaçant à travers eux  illustrent  l'intériorité du corps tel qu'il est décrit en Asie ou selon les perspectives traditionnelle (bouddhistes et autres). Nous voyons aussi que la variation du lieu de focalisation de attention , par exemple déplacer son attention du souffle au son, ou vers une zone particulière du corps , peut produire des résultats différents .
Les traditions contemplatives peuvent avoir une pertinence théoriques sur comment le placement de l'attention dans certaines parties du corps affecte les réponses cognitives , émotionnelles, et perceptives. Les pratiques peuvent varier, selon que le corps est seul ou en groupe, avec ou sans contact visuel direct , si la portée de attention comprend d'autres personnes, selon que l'on se trouve dans le silence ou qu'on effectue mouvement , que l'on assiste à son ou qu'on se concentre sur d'autres stimuli sensoriels . Il y a également des variations dans le type de cadre intentionnel et cognitif entourant la pratique . Comment ces variations dans l'entraînement intéroceptif  peuvent influence les processus cognitifs , les processus émotionnels et comportementaux, cela pourrait être testé dans la recherche empirique.
Bien que l'accent de cette discussion a été en grande partie sur l'utilisation de pratiques contemplatives en général, et notamment la pleine attention, pour accroître la sensibilité des processus intéroceptifs comme moyens de renforcer l'autorégulation , d'autres pratiques , comme celles trouvé dans la tradition bouddhiste tibétaine , impliquent l'utilisation de la sensibilité intéroceptive , parfois en combinaison avec l'imagerie mentale ou des manipulations somatiques , pour moduler intentionnellement le « flux » de sensations à travers les canaux . Surtout, ces pratiques ont lieu au sein de philosophies et de valeurs éthiques spécifiques, telle que la croyance la que la nature du soi  et de toute existence est impermanente et interdépendante.
Dans une perspective d'intégration esprit - corps, dans laquelle les « courants circulant à travers le corps » sont conçus comme le support énergétique de la conscience , de telles pratiques " axées sur le corps » peuvent être un moyen direct d' influencer le fonctionnement psychologique et d'obtenir les états méditatifs de réalisation. Un exemple est la pratique de Tummo , qui a été étudié par des scientifiques montrant une augmentation spectaculaire de la température corporelle  (Kozhevnikov et  al.,  2013). Alors que les résultats physiologiques à court terme de cette pratique ont été étudiés pendant des années  (Benson  et  al., 1982), une plus grande attention pourrait être consacré à la compréhension des théories traditionnelles sur  la façon dont ces pratiques fonctionnent, et comment la modulation consciente de sensations intéroceptives , en particulier lorsqu'elle est soutenue par un accompagnement intentionnel d'imagination corporelle, peut avoir un impact sur le fonctionnement physiologique et psychologique, en général  en développant un contrôle autonome des processus physiologiques. Également intéressant à cet égard serait un examen des changements dans les « flux énergétique » et les sensations liées qui accompagnent la cultivation de l'amour ou de la compassion , ou l'utilisation de sons simples, et leur impact sur l'esprit et le corps. Les descriptions en première personne peuvent être utiles ici aussi , car ils décriront généralement à la fois les réponses physiques et mentales de tels entraînements.
Instructions pour des Recherches Futures
Bien que nous ayons beaucoup à tirer des riches traditions contemplatives, ainsi que de nouvelles approches de améliorant la sensibilité intéroceptive et des théories émergentes à partir de la psychologie , nous sommes confrontés une pénurie d'outils, de paradigmes , et de mesures appropriées pour les interroger avec rigueur et les intégrer . Avec ce défi à l'esprit , nous proposons les rubriques suivantes pour de plus amples recherches à partir de nos considérations :
(1) Des exploration qualitatives des pratiques axées sur des corps issues des traditions contemplatives, et une plus grande compréhension de modèles corporels médicaux et contemplatifs d'Asie (et éventuellement d'autres aires), qui impliquer des  « flux » de « courants énergétiques » à travers le corps.

(2) Un affinement supplémentaire des concepts scientifiques de la pleine attention, y compris l'exploration des comptes rendus en première personne , pour voir comment ceux-ci correspondent au cadre conceptuel de sensibilité intéroceptive proposé ici . En parallèle, nous devons continuer à explorer des textes les pratiques des traditions contemplatives dans de nouvelles perspectives , et approfondir notre compréhension des systèmes déjà assimilés dans les modèles scientifiques de l'intéroception.

(3) Développer et/ou affiner les mesures quantitative appropriées , objectives et auto-évaluées, aptes  à cerner les changements cognitifs , comportementaux et physiologiques qui se produisent
avec un entraînement de la sensibilité intéroceptive, aller au-delà des mesures de l'exactitude intéroceptive pour inclure les habitudes de l'attention, la sensibilité aux signaux intéroceptifs , la cohérence des changements physiologiques et subjectifs , et les stratégies de régulation.

(4) Développer des modèles de recherche qui intègrent les perspectives en première , deuxième et troisième personne, comme le neurofeedback , dans lequel une mesures objective de changement neuronal physiologique en Troisième personne fournit  un rapport en Deuxième personne au participant en temps réel , ce qui pourrait moduler la qualité de l'expérience en Première personne pendant l'attention intéroceptive   (Lutz and Thompson, 2003).
(5) Trouver des moyens appropriés pour mettre en œuvre des interventions comportementales représentant l'attention intéroceptive, par exemple , la respiration. 
(6) Définir des critères clairs à propos de : Quand , et Sous quelles conditions la sensibilité intéroceptive est bénéfique dans le traitement des patients dans des conditions psychiatriques , psychosomatique et états douloureux.

(7) Utiliser des outils de la neuroscience et de la technique pour suivre le processus / flux d'informations intéroceptive à travers le cerveau , par exemple , par des oscillations EEG ou par  IRMf avec des modulations de haut le bas (top down) . Par exemple , la culture intéroceptive
devrait être évidente en termes d'augmentation de correspondance entre les potentiels EEG de rétroaction évoqués et des changement physiologique ultérieurs. A l'inverse la manipulation de
signaux intéroceptifs tels que l'occlusion respiratoire suite à une une intéroception renforcée devrait provoquer potentiels évoqués plus forts et plus fiables.

(8) Développer des études sur la durée, appliquant l'entraînement de la sensibilité intéroceptive aux patients dans des  conditions cliniques.

(9) Envisager de tester les effets de l'entraînement de la pleine attention et d'autres
pratiques contemplatives sur les mesures existantes de présence et d'aptitude ( illusion de la main en caoutchouc , expériences d'environnement virtuel ) pour voir si elles rendent compte d'une amélioration des résultats de santé.

En améliorant la mesure de intéroception aux niveaux subjectifs et physiologiques , et en cherchant à mieux comprendre la cohérence (et son absence) entre ces niveaux de représentation , il peut être possible d'élargir notre compréhension de l'intéroception et sa connexion aux motivations et au bien-être . En outre, ces paradigmes aideront à tester les propriétés de base du traitement de l'information dans le cerveau , d'enquêter sur la façon dont nous pouvons à la fois prévoir et nous adapter à l'évolution des stimuli sensoriels , et comment de tels stimulis sont incorporés dans un contexte plus large de motivation.

Remarques Conclusives

L'intéroception a été à bien des égards un sens caché , peut-être en raison des difficultés liées à la mesure et la manipulation des signaux intéroceptifs . Et pourtant , l'intéroception est sans doute au moins aussi importante que les sens externes , procurant un sentiment de réalisation dans le monde qui est à la base du sentiment de bien-être subjectif d'une personne . Les cadres scientifiques contemporains manquent largement de capacité  pour articuler les modèles contemplatifs  sur  la façon dont l'énergie dans le corps aide à déterminer le bien-être , mais , des concepts tels que la carte  de simulation offrent  une voie pour combler ce fossé culturel . En effet , l'idée d'énergie ou prâna pourraient un jour être exprimés sous forme de la répartition des ressources métabolique et cognitives offrant une représentation neuronale des états corporels.  Alors que les facteurs génétiques , sociaux et environnementaux ont clairement un grand impact sur la qualité de vie d'une personne , notre but en écrivant cet article est de mettre en lumière le processus par lequel la santé et la souffrance nous sont révélées dans l'instant, dans l'espoir de fournir un compte rendu psychologique plus intégré.

    Heureusement , l'intérêt pour l'intéroception semble être grandissant , et ses chercheurs ont le privilège d' avoir accès à une grande réserve de modèles conceptuels issus des neurosciences , de la clinique et des traditions de recherche contemplative. Le défi dans  ce domaine sera de porter une attention particulière aux prétentions formulées dans chacune de ces traditions , pour mieux caractériser leurs prédictions , et, ce faisant, afin de faire avancer plus encore la science intéroceptive laïque moderne, tout en respectant la validité de tous ces points de vue . 

Alors que peut-être aucun chercheur isolé ne pourra détenir une expertise suffisante dans tous ces domaines , grâce à la collaboration, une telle intégration est possible- nous espérons que le présent document et d'autres articles contenus dans le numéro spécial,  est un témoignage de cet objectif  élevé, mais réalisable.  Notre espoir étant que nous puissions tous profiter de l'étude continue de l'intéroception , en parallèle des progrès la science moderne déjà réalisés dans la compréhension du monde extérieur.
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Remerciements

Nous sommes très reconnaissants aux relecteurs et leurs discussions intense sur de nombreux détails qui  ont clairement renforcé ce manuscrit . Le projet a été financé par des subventions de soutien du Mind and Life Institute, d' Amherst MN , et par la Fondation Peter Baumann , San Francisco CA. Nous tenons également à remercier Claire Mehling pour son aide administrative lors de notre première rencontre et le Mind and Life Institute avec Wendy Hasenkamp pour fournir l'espace de réunion.




Traduction Florian JOURNOT - fluxdevie.net

Edited by:Juha Silvanto,University of Westminster, UKReviewed by:Vivien Ainley,Royal Holloway University of London,UK

André Schulz,University of Luxembourg,Luxembourg*Correspondence:Norman Farb,Department of Psychology, Universityof Toronto Mississauga,3359 Mississauga Road,Mississauga,ON L5L 1C6, Canadanorman.farb@utoronto.ca;Wolf E. Mehling,Department of Family and CommunityMedicine, Osher Center for IntegrativeMedicine, University of California SanFrancisco, 1545 Divisadero Street,San Francisco, CA 94115, USAwolf.mehling@ucsf.eduSpecialty section:

This article was submitted toConsciousness Research,a section of the journalFrontiers in PsychologyReceived: 05 November 2014

Accepted: 22 May 2015Published: 09 June 2015Citation:Farb N, Daubenmier J, Price CJ,Gard T, Kerr C, Dunn BD, Klein AC,Paulus MP and Mehling WE (2015)intéroception, contemplative practice,and health. Front. Psychol

































 
















































 

















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Faire la part des choses entre le Soi, la Conscience, l’Esprit, l’ Âme, le Sujet…

Je vais essayer d’apporter quelques éléments au sujet de la santé psychique et physique qui sont apparus dans les dernières années (2000), à la suite des travaux scientifiques qui se sont intéressés aux thérapies psychocorporelles, telles que la méditation, le qigong, le yoga, etc.

Ce qui est nouveau, ce n’est pas l’efficacité de ces pratiques , souvent inspirées de traditions non-occidentales, car il y a eu des dizaines d’études cliniques qui démontrent que l’amélioration santé et le bien-être obtenus avec ces méthodes est réel et mesurable. On ne comprenait en fait pas trop comment ça pouvait fonctionner.

Ce qui est nouveau, c’est que les neurosciences avancent aujourd’hui sur les traces des grandes sagesses millénaires, et commencent à comprendre comment le corps, l’esprit et la conscience s’organisent au cours de la vie du sujet, en s’intéressant à des théories parfois très anciennes.

Et ainsi :

– les sciences nous montrent premièrement que vous et moi, avons déjà en nous, à travers notre constitution complète, des ressources internes puissantes pour se rétablir même de troubles et pathologies parfois très lourdes. On peut donc dire « Ce qui semblait imposer des soins coûteux et artificiels peut être parfois guéri par des moyens simples et naturels, et c’est prouvé scientifiquement. »

– Ensuite, elles commencent à comprendre certains processus et expliquent donc de mieux en mieux « comment ça marche », le fonctionnement des méthodes, et leur action précise sur le corps, à travers le cerveau. On peut donc dire non seulement « ça marche », mais aussi « ça fonctionne ainsi, donc mieux dans tel cas et moins dans tel autre » et donc on peut adapter les pratiques à des situations variées.

– Enfin, la science ouvre des domaines de recherches en relation avec les traditions, et ce dialogue s’annonce fructueux, car si la plupart d’entre nous savons pourquoi nous faisons du taï-chi, de la méditation ou du yoga, il n’était pas possible pour l’instant d’enseigner et de pratiquer de telles méthodes dans nos institutions car les concepts et philosophies étaient peu compréhensibles avec nos grilles de lecture. On peut donc dire « les méthodes ésotériques ne sont plus des pièces rapportées étrangères à notre culture. On peut comprendre avec nos idées comment ça se passe et vraiment intégrer ça dans notre mode de connaissance ».

On parlera surtout ici d’un domaine nouveau, celui des perceptions internes. Le « toucher intérieur », ou Intéroception, c’est une partie centrale du puzzle de notre existence incorporée, car c’est en fait une ligne directe de transmission le corps et notre conscience (au sens large). C’est les sensations qui proviennent du corps en profondeur, mais bien d’autres choses comme on le verra. Depuis que c’est devenu de l’anatomie, des réseaux et des modules du cerveau bien précis, il y a une compréhension nouvelle des émotions, des sentiments, des motivations, de notre désir et une foule de choses en général difficiles à intégrer dans une vision unique de la personne/corps + esprit.

Je me suis intéressé à ce domaine depuis quelques années, parce que j’ai pratiqué une technique de méditation « Vipassana » qui utilise essentiellement l’attention sur les sensations corporelles. J’ai été très impressionné pendant des années par les processus physiques et psychiques que permet cette attention tournée vers les sensations. J’ai essayé de comprendre.

A l’époque, très peu de choses étaient lisibles sur ce sujet, mais en ce moment ça devient une partie importante des neurosciences. On pourra donc en parler largement ici, en lien avec les traditions, la psychologie, la thérapie et la philosophie.

Je vais donc tenter de vous faire un compte rendu, bien ordonné, j’espère qu’il sera assez clair car les sujets abordés sont nombreux et complexes. Je suis un peu nouveau en conférencier, mais en général je m’explique assez bien. Je vous propose de noter les points à clarifier pour vous, et d’y revenir dans les questions, sauf si ça vous semble vraiment important pour comprendre la suite. Dans ces domaines, vous savez, beaucoup de choses restent de toute manière assez floues si on regarde de près, donc contentez-vous d’un regard avec un peu de distance si ça devient trop technique.

J’espère que vous aurez envie de vous plonger aussi dans ces notions nouvelles aux croisement des sciences et des traditions, et qui s’intéressent aux questions les plus profondes de l’humanité comme les relations entre le corps, la conscience, le sommeil et les rêves, la création et l’imagination, le bien-être et la santé. J’invite toute personne intéressée à participer concrètement à une aventure collective très vivante et qui peut apporter beaucoup à notre monde, qui semble prendre un chemin aux antipodes de la sensibilité et de la simplicité.

Pour commencer, je vais reprendre pas à pas quelques notions qui reviendront, avec des définitions qui seront parfois nouvelles.

Ce sera la serie des « mots difficiles » : Le Soi, la Conscience, le Moi, l’Esprit,, le Psychisme , le Témoin, le Sujet, l’Instance, l’Identité, , la Personnalité, le Mental, le Transcendental, l’Âme… Tout ça se rejoint dans un certain sens car il y a de l’intime et de l’intérieur là dedans, même si c’est des choses qui bougent et qui se mélangent à tout le reste, on est concerné d’assez près. Et comme on s’en doute, quelque part dans tout ça il y a le Corps, le mystérieux corps que la médecine essaie de réparer comme une machine, et que notre conscience essaie de maîtriser comme un animal, mais que la tradition tente pourtant depuis longtemps de faire habiter comme un Temple sacré, et considérer comme un guide, comme manifestation de l’univers bien plus vivante, intelligente et respectable que notre « Moi », ou notre « Ego ». Évidemment, en un quart d’heure on aura largement le temps de faire le tour de ces sujets si simples.

Qu’est ce que le Soi ?

Aujourd’hui, on peut s’accorder entre science et traditions pour dire que le « Soi » est un processus, et qu’il n’est pas une chose figée. L’image du feu reste très présente dans l’imaginaire traditionnel, pour traduire la vie intérieure, la ferveur fragile, qui peut tout consumer ou bien qui peut s’éteindre. D’un côté, tant qu’il y a quelque chose à brûler et de l’air, il y a du feu. Et si ça s’arrête, c’est fini.

Le processus du Soi consiste à se préserver, c’est à dire à s’organiser pour rester en relation distincte à quelque chose d’autre. Le Soi préserve une Identité, et ainsi organise ce qui est en sa possession, ce qui est important ou ce qui l’est moins pour sa survie.

Le schéma général, c’est que Soi s’oppose à non-Soi, c’est à dire l’Autre. Un nom semble suffire. Mais le schéma plus précis, c’est cette activité de préservation des éléments fondateurs et vitaux, c’est le processus.

Mais évidemment, alors, c’est une question de perspective, de niveau. Au niveau du « Soi » de ma pensée, même mon corps et mon expérience c’est un « autre » car c’est ce à quoi je pense, et non pas le processus même de penser. Pour la personne réelle, l’autre c’est toi, lui, elle, eux, etc. mais c’est aussi ce que je possède, et qui peut disparaître et laisser le « Soi » indemne. Pour la personne « sociale ou morale », il y a des possession et relations importantes à ne pas perdre, histoire de se maintenir à flot dans les flux de la confiance, de la respectabilité, de la confiance, de l’argent, etc. Pour le Corps physiologique, le Soi c’est un peu le système immunitaire qui surveille en permanence ce qui le traverse. Tant que ç’est de l’Autre qui préserve mon équilibre je laisse faire, j’organise. Si c’est de l’Autre qui est une menace, je nettoie, je traite, j’élimine et pourchasse. Le propriétaire, c’est toujours ici un « Moi », mais qui n’existe qu’avec cette propriété qui garantit son existence « tel qu’il est ».

Si je vous dit que je vais vous lobotomiser, la plupart considèrent que c’est un peu comme mourir. Ceux qui perdent leurs facultés de mémoire, de sensation, de réflexion, se sentent privés un peu d’eux mêmes. Le fait est qu’ils se sentent devenir un « autre » et le contenu de leur esprit change malgré eux. L’esprit c’est un peu la propriété du Moi, et cette relation de capacité contenante, de souveraineté et responsabilité pour gérer et organiser ce qui est important, c’est le Soi. Finalement, on se rend compte que le Moi s’identifie simplement à sa propriété et qu’il n’est rien d’autre qu’une certaine forme d’ordre dans une structure vivante. Il change, avec le reste. Même cette forme d’ordre et le mode d’organisation évolue, le Moi est transformé.

Ce qui subsiste, au fond, c’est le principe de « Soi », de se préserver en organisant un domaine « intérieur », en structurant pour subsister dans le temps. C’est important de le voir à plusieurs niveaux simultanément, on y reviendra car on abordera 3 niveaux pour la vie individuelle : le Protosoi, le Soi-Noyau, et le Soi-Personnel. On pourrait en définir au moins 5 en incluant des étages, des structures infra-corporelles, ou bien culturelles et collectives. En fait, ce sont des distinctions un peu arbitraire, car les niveaux sont reliés entre eux, il est difficile de vraiment trouver des frontières entre les niveaux, ça pourrait être 3 ou 5 niveaux, sur la même étendue si on regarde de plus près. En voyant très large, pourquoi pas même du Soi d’un Milieu Ecologique, ou d’une seule cellule : à chaque niveau du vivant, il y a une gestion qui préserve les formes intérieures de la dispersion et de la disparition, qui permet de s’adapter à des forces extérieures, d’absorber des chocs et d’évoluer en gardant l’essentiel. Même une étoile, un atome, une galaxie, vont naître et mourir et avoir un certain équilibre de force qui les maintient en ordre dans ce temps. Sinon, c’est la fin et la dispersion, mais on verra que l’emboîtement à plusieurs échelles permet de comprendre la mort comme une partie de la vie.

Le fait que le Soi soit à la fois lié à une structure, mais consiste en un processus, a soulevé des débats : ce n’est pas une substance autonome, ce n’est pas fait de la matière de la structure, et ce n’est pas non plus fragmenté. Il y a plusieurs niveaux reliés, à la manière des racines, du tronc et des branches, mais il n’y en a pas « plusieurs » dans un organisme. Il peut en fait être « mal intégré » ce qui apparaît dans les troubles de personnalité multiples, la schizophrénie, les fantômes, etc…

Dressons un portrait rapide des (au minimum) trois niveaux de Soi clairement repérables dans la structure individuelle des humains :

1 : Le Protosoi organique, qui sait mais n’est pas un acteur. Sans pensées

« the fish doesn’t think because the fish knows everything » Iggy Pop

Fondement : les sensations du corps.

Les priorités, les valeurs, les sentiments profonds et émotions, naissent dans le Protosoi, c’est le Soi Organique qui n’est pas fait d’images et n’apparaît pas lui-même directement dans le Mental. Mais ce premier niveau va générer des sentiments, des repères fondateurs pour la construction psychique. Il a déjà une histoire, des habitudes et une intelligence à travers des patterns et des postures, mais pas de pensée : il ne « connaît » pas les significations de son contenu, des cartes qui représentent les états corporels pour des autres niveaux. Il n’entre pas vraiment en relations avec des choses, mais compare et transmet des synthèses. Ce niveau reçoit aussi des informations de niveaux supérieurs, des aprioris et des attentes

2: Le Soi-Noyau : l’agent comportemental qui sait et agit,

mais ne réfléchit pas, ne s’incrit pas dans le temps

Fondement : l’image , la relation, le geste.

Les idées spontanées, la reconnaissance immédiate, la Pensée en image qui peut agir, tout ceci est dans l’esprit comme des expressions mentales à un second niveau : Le Soi-Noyau. C’est l’agent du comportement, qui peut choisir, insister ou renoncer mais sans planifier ou programmer. Protoconscience : ne peut pas observer au dedans, mais seulement au-dehors. Mémoire et anticipations « instinctives » et non « rationnelles ». Calcul inconscient.Ces produits élaborés en Soi, pour être intégrés et donner des représentations, des images, des images synthétiques pouvant devenir conscients et réfléchis à un troisième niveau.

3 : Le Soi Personnel qui réfléchit

Fondement : le langage et la narration, la Culture.

Conscience au sens complet : représentation de l’esprit et des motivations. Possibilité de vouloir et décider contre l’instinct. Planifie et Organise sur la base des images synthétiques et réfléchies. Pour les humains, Personalité et Identité sociale, histoire individuelle. Conscience- Témoin des processus de l’esprit. Pour les animaux : codes et habitudes qui forgent des rôles sociaux et des comportements types servant au collectif

Qu’est-ce que l’Esprit ? (psychisme, mental, cognition)

L’esprit, qu’il ne faut pas confondre avec l’âme, c’est le contenu dont on peut être conscient mais qui reste le plus souvent implicite, masqué. Le mot scientifique est cognition : tout ce qui bouge dans les circuits est un processus de l’esprit, et ça laisse des traces. Dans la mémoire, à plus ou moins long terme, les opérations de l’esprit sont enregistrées. Et on en voit des traces, des aspects, sur un scanner . Ca semble très réducteur mais imaginez que la totalité de ce qui est votre expérience est sur un beau film en pellicule, avec toutes vos pensées, perception et imagination, produit par un super réalisateur. Ce qui se passe dans votre esprit ressemble alors à la totalité de ce qu’on vécu tous les acteurs et techniciens pendant le tournage, dans le vrai décor. Mais tout ceci a lieu dans un seul individu, c’est privé, c’est en soi et dans personne d’autre, bien que ça soit relié aux autres par de nombreux moyens de communication. Votre esprit reste inviolable, la clef pour le connaître, c’est d’y être soi-même. Comme on peut l’imaginer, c’est assez vaste. Si bien qu’il est nécessaire de trier, organiser tout ça, comme on l’a vu ça c’est le Soi. Et il y a donc plusieurs niveaux de Soi pour que l’esprit se donne du sens et oriente tout ce qui le traverse. L’Esprit, c’est assez proche de la notion de Psychisme. Historiquement, il y a là une opposition à la densité matérielle, d’oû le nom de spiritus, de souffle, qui donne la vie. L’opposition a pu se faire vis-à vis de la Chair, de la Matière, du Corps, mais nous nous bornerons ici à l’usage actuel : le psychisme est le terrain des phénomènes accessibles depuis l’intérieur seulement, il n’a de contenu manifesté que pour la conscience.

Une remarque semble intéressante. Même depuis qu’il y a des IRMf pour scanner le cerveau et avoir des apperçus de l’apparence physiologique du psychisme, il a paru important de distinguer clairement l’expérience intime et les informations obtenues de l’extérieur. Mais tandis qu’on a disséqué le corps en détail depuis des siècles en médecine en imaginant y trouver tout le contenu de la physiologie, on a pas pensé bon d’utiliser la même réserve que pour le psychisme. Il aurait pourtant été intéressant de repenser la physiologie sous cet angle : les informations et modèles obtenus depuis l’extérieur est radicalement distinct des phénomènes qui s’y déploient depuis une dimension « intérieure ». Le fait que ce soit finalement dans l’esprit et le psychisme que toute vie intérieure est éprouvée, laisse donc penser qu’aujourd’hui le psychisme et le Physiologiques dans une continuité ontologique : la limite est introuvable, la scission est simplement épistémologique mais concerne l’ensemble de l’esprit : ce qui apparaît comme éprouvé et ce qui n’apparaît pas sinon pour l’observateur extérieur.

Pour certains, le « cerveau » est la région stricte du psychisme : seules les cellules nerveuses contiennent des flux d’énergie qui supportent de l’information pour l’esprit. Mais au regard des informations innombrables circulant de fait entre le SNC, le système immunitaire et le système endocrinien, cette vision est obsolète. Considérer que le corps tout entier dans tous ses tissus, est le support de l’esprit et du psychisme est l’option la plus raisonnable , quitte à devoir reformuler des modes primaires ou originels.

Dans un sens très voisin d’Esprit et Psychisme, on trouve le terme de « Cognition », mais généralement c’est ce qui est observable depuis l’extérieur sur les mêmes processus psychique.

Certains limitent la cognition à un traitement associatif de représentations déjà « codée » dans des signaux, de l’information signalant « autre » chose qu’elle-même. Un peu à l’image des ordinateurs. Mais il est bien difficile de cerner les limites exactes d’un tel domaine cognitif dans le « vivant ». Le néocortex semble y correspondre , mais lorsqu’on s’apperçoit que nos choix et motivations modifient aussi des cellules nerveuses jusque dans la colonne vertébrale et dans des relais à travers tout le corps, jusque dans le fonctionnement de nos cellules on ne peut plus distinguer un « centre informationnel » de nombreux autres systèmes organiques, tels que le système immunitaire ou endocrine partageant avec le système nerveux central de nombreuses molécules qui influent sur tous ces systèmes.

Il y a donc une définition possible de la cognition qui a été définie bien plus largement qu’à un niveau de « représentation ». Dans ce sens , (introduit par F.Varela ?), il y a un système cognitif lorsque une structure vivante parvient à maintenir sa forme face aux aléas de l’environnement, au moyen d’échanges sélectifs , c’est à dire une assimilation, une « digestion » d’éléments choisis qui lui permettent de se maintenir et de s’adapter , se transformer. A un certain point c’est même la cognition qui définit si une structure est vivante : même une bactérie est considérée vivante, et dotée d’une cognition. Il n’y a donc pas de notion de « représentation », mais il y a un certain type d’information qui est traitée, organisée, et qui devient structurante pour la relation entre l’organisme et son environnement. Ce qui entre et ce qui sort n’est pas de même nature, et l’état avant et après l’assimilation peut aussi être différent, c’est donc bien une co-formation mutuelle qui place la « cognition » comme une interface active entre la structure et son milieu, et donc les fait évoluer ensemble.

A partir de cette définition presque physique, ou thermo-chimio-bio-dynamique, la cognition et la vie sont la même chose, laissant de très nombreuses formes possibles pour les structures bio-cognitives. En adoptant cette définition, une machine n’a pas de cognition car elle reste entièrement dépendante de l’extérieur, mais des niveaux simultanés de cognition peuvent coexister dans un même organisme.

La notion de conscience réfléchie et celle de représentation peuvent être considérés alors comme des option possible mais non nécessaire pour les processus cognitifs, mais peuvent surtout recevoir une critique assez profonde en faisant disparaître la dualité sujet-objet qu’ils affirment.

En effet, la cognition est un processus physique unique, mais épistémologiquement multiple, où ce qui est représenté et ce qui représente est à la fois indissociable et pourtant inconsistant. C’est pourquoi il y a une continuité perceptive entre l’intérieur et l’extérieur, mais une inconstance de cette perception : l’apparition est un voilement des limites « vue d’extérieur » de l’organisme, mettant tout ensemble les signes du dehors et du dedans, et une formulation de limites « intérieures » et sémantique qui séquence dans le temps des secteurs d’associations qui sont nécessaires mais ne peuvent coexister. Sur l’espace indéfini du corps semble donc apparaître un temps indéfini de l’esprit. C’est cet espace corporel variable des processus qui forme le contenu de l’esprit, et c’est ce temps « mental » variable qui forme le contenu de l’organisme, à travers son action perceptive.

. C’est donc une cocréation entre :

– un vécu aquis et produit, comme organisme « psychobiologique » relié à son environnent large, sa trame

– et une vie produisant et créant, une organisation « biopsychique » reliée à son désir intime, son feu intérieur.

La liaison évidente entre les deux, dépassant l’individu, est nommée par des rapports à la fois symboliques et sociaux, et physico-chimiques, ce qui donne de façon très concrète un sens profond à l’usage de choses très variées : des psychotropes pour modifier l’agir à partir de substances, où à l’usage de l’astrologie pour comprendre cet agir au regard des constellations.

Plutôt qu’une re-présentation de quelque chose qui serait ailleurs et rapportée à proximité, ce dont témoigne le mouvement de l’attention est plutôt un « feu », un acte intérieur de transformation simultanée de la perception et de l’action, reliant des traitements et des données, offrant dans cet acte un espace de projection pour un certain point de vue intentionnel, mais créant ainsi un certain précédent qui restructure le système de traitement.

Ce que l’intentionnalité manifeste à la conscience dite « réfléchie » ne peut jamais être l’intention même, le désir générateur, l’acte de représenter. La vie ne se reflète pas, elle se vit. Ce qui se reflète est le produit de cette action au contact de la situation en général, et de certains indices en particuliers. Aucune opération sur des nombres ne peut donner comme résultat « / + x -« . En revanche, quelque chose semble permette l’opération, mais il est vain de chercher à la trouver à travers tout ce qui peut être opérable, pas même une définition subtile du Soi, de la Matière ou de l’énergie.

Dans le même temps, la réflexivité est toute relative, puisque ce n’est jamais une chose, ni l’organisme ni l’extérieur, qui constitue la trame d’une perception, mais c’est au contraire toujours déjà la relation active anticipant le contact qui s’y confirme, ou pas.

Si on garde une vision dualiste, ce qui apparait est donc en partie une trace médiatisée de l’acte intentionnel, le sujet qui fait apparaître, et en partie quelque chose de singulier qui est tout autre que le processus organisé, mais la situation générale, le contexte environnemental.

Qu’est-ce que la Conscience ? (Instances)

Tout le monde ne s’entend pas sur une acceptation générale. Le mot conscience renvoie en fait à une notion de morale : la bonne ou mauvaise conscience, la responsabilité, la prise de conscience, etc… En ce qui concerne la psychologie, on peut dire simplement ici que la conscience est la partie « émergée » de l’esprit, à un moment donné, la trace visible qui se représente dans la sphère mentale. Selon les interprétations du mot, l’organisme peut être conscient même à bas niveau, ou pas.

Elle rejoint les niveaux 2 et 3 du Soi : l’Agent, et la Personne pensante, mais encore une fois, cette division est simplement un effet du langage, il y a des intermédiaires possibles…

En fait, selon nos états physiologiques et affectifs (fatigue/excitation, faim/satiété, souffrance/joie…) le contenu conscient varie, et ses modes de fonctionnements aussi.

On parle d’activité mentale consciente, donc avec des représentations qui sont manipulables, lorsqu’un témoin et sait que « Je pense ceci, je sens celà… ». Mais ça laisse la place à des degrés ou niveaux variés de conscience, même pour un seul individu, et même dans une seule journée, car les réseaux de significations sont profondément modifiés par les motivations, et ils organisent la structure même du champ « conscient » dans l’esprit. Cette grande volatilité renvoie donc à une simple zone de l’esprit « mise en perspective » à un niveau quelconque. Or , il semble qu’il y ait des clivages, des modes de conscience qui ne se mélangent pas. A un moment donné, il ne peut y en avoir qu’une seule de manifestée, qui en exclut d’autre, mais ça peut changer selon l’humeur. C’est un peu comme l’unité minimale permettant d’accéder à une diversité mentale, comme une position qui permet un ensemble de gestes.

C’est donc la base du langage et de l’expression sociale, mais cette collection de processus mentaux intégrés dans la conscience réfléchie est le plus souvent une expression simplifiée. C’est en fait une interprétation construite, et codifiée dans des processus non-conscients, faite de sensations, d’intuitions et de sentiments rarement « catégorisables » et fugaces. C’est de l’intelligible fort visible, mais formé à chaque instant par de l’invisible plutôt faiblement intelligible. Le langage joue un rôle important pour créer ainsi une « scène visible » par le témoin conscient, et donc assez artificielle et sous une forte influence culturelle. Aussi, outre le contenu qui doit être reconnaissable et codifié, la mise en place de la scène se produit par l’entremise des motivations, priorisations et associations provenant du Protosoi (affectivité, désir, réaction) depuis l’organisme profond, qui n’est pas consciente.

C’est l’une des raisons pour lesquelles ont a le sentiment de mieux de connaître en profondeur à travers les autres, qui peuvent nous faire miroir, qu’à travers un examen de surface et notre réflexion, car le processus « conscient » est accompagné de nombreux signaux non-conscients.

Le termes d’intentionnalité rend compte de cette face modulaire de la conscience, toujours agie et animée par une action, une « intentionnalité » qui organise la scène. L’intentionnalité précède l’expérience vécue (si on entend expérience= contenu conscient). La phénoménologie mêle donc étroitement le processus et le contenu, ce qui tend à ne plus avoir de distinction entre le monde extérieur et le ressenti intérieur : c’est un compte rendu unique sur deux choses simultanées : une situation et un mode de relation. On accède ainsi avec la conscience à un sens immédiat et direct : des choses, et à un sens indirect médiat : leur configuration. Mais la médiatisation se fait depuis une couche supérieure, un niveau d’interprétation plus abstrait. L’intentionnalité est un peu comme un acte, je préfère dire une posture et un geste. Ses trois principaux modes sont l’intentionnalité perceptive, imaginative et interprétative. Tout comme sur une scène de théâtre, la seule chose qui est vraie ou réelle, c’est que ça se produise, car ça peut n’être que des apparences qui facilitent la tâche supérieure pour s’organiser. Dans le fond, percevoir, imaginer et interpréter se retrouvent donc dans les 3 niveaux du Soi et sont assez proches : c’est un processus informationnel qui sélectionne, trie, recombine et synthétise, schématise, dans une finalité qui sera elle-aussi en évolution, couche par couche. Cette hiérarchie est largement non linéaire, ce n’est pas pyramidal mais modulaire.

Le fait est que physiologiquement, la « prise de conscience » correspond à une mise en résonnance de processus variés dans les neurones. Si le diapason provient généralement de certaines zones « dont la glande pinéale », le « premier violon » qui donne le rythme et sur lequel les autres processus vont venir se synchroniser, peut être situé dans des régions très variées de « l’esprit ». Ce processus rend « manifeste » des phénomènes , passant du niveau neuronal inaccessible à celui de mental, accessible. Le processus de « conscientisation » est très complexe et les nombreux modèles sont encore à l’essai aujourd’hui, mais il s’agit d’une sélection, et il n’est pas étonnant qu’il ressemble beaucoup à ce qui est le véritable geste de l’intentionnalité, et qui se retrouve dans tous les modes de conscience : l’Attention.

On peut même dire qu’un mode de conscience est une manière d’utiliser et déplacer son attention, selon des balises, marqueurs et repères particuliers et déterminés par des motivations variées.

L’entraînement de l’esprit proposé dans les pratiques traditionnelles est basé sur des exercices d’attention (concentration et détente, champ et intention, ouverture et filtres, rythme et densité, forme et image, support, sensations, …), ce qui correspond à une volonté affichée de décloisonner les modes « automatiques » de conscience, pour les enrichir avec de nouveaux.

Ainsi, la conscience semble être ce à quoi nous assistons, ce que nous éprouvons, alors qu’elle se révèle en fait plutôt être ce que nous faisons, le geste intérieur qui se fait à partir de postures intérieures que l’on apprends et développe. Si le plongeur peut plonger, nageur peut nager, le grimpeur peut grimper et le skieur peut skier, celà est le produit d’une pratique dans la durée. Et notre responsabilité sur nos état de conscience, est peut être la véritable question « morale » des humains à l’échelle des millénaires, car c’est ce qui forme les cultures et les langages.

En périphérie de la conscience, la notion d’Instance est utile pour décrire un certain agencement entre eux des états successifs de conscience, c’est à dire des polarisations et orientations à la fois des représentations et de l’action. Les Instances sont en fait les Agents qui éclairent les associations mentales conscientes avec des gammes de signification, des schémas ou configurations dont la nature est à la fois affective et imaginaire. Elles sont floues et fugaces, mais différament du champ conscient lui-même, car les Instances sont les attracteurs autour desquels gravitent des contenus de signification et des schémas. L’instance est utile lorsqu’on aborde la conscience de façon dynamique et clinique, dans ses mouvements et comportements internes, et il y a des nombreuses façons de modéliser ces « conglomérats de subjectivité » dans les traditions comme dans les disciplines occidentales. (bouddhisme 4e skanda, topiques en psychanalyse). Évidemment, les notions d’intuitions, penchants, émotions, vasanas, shankaras, pulsions, etc…rejoignent précisément ces structures, mais sont clairement des conditions pour ces états du « Moi » que sont les Instances.

La possibilité de reconnaître en soi et d’accompagner toutes ces « choses » à limite entre le Soi et des propriétés de son contenu, permet de remplacer les réflexes conditionnés par l’éducation à leur égard, et accepter pleinement toutes les dimensions de notre être.

Qu’est-ce que le Sujet ?

Continuons avec nos mots difficiles.

Le « sujet » est un vaste chantier de questions philosophiques depuis très longtemps.

On va se servir de ce qu’on a posé avec Soi, Esprit et Conscience.

Le grand travail de la pensée occidentale est d’avoir pu dissocier nettement la Conscience et le Sujet. Dans une version naïve, qui facilite la vie et le travail social, chacun vit une expérience à travers sa conscience, et le sujet, c’est celui qui fait l’expérience. Mais comme l’ont montré depuis plus d’un siècle des chercheurs en psychologie, mais aussi des sociologues et des philosophes, l’expérience consciente est un produit de nombreuses choses qui ne sont pas du tout conscientes. Ce qui revient à mettre le sujet sur un pli, une fausse continuité :

– d’un coté la dimension corporelle, les intentions et désirs organiques qui orientent l’intentionnalité et le champ du conscient

– de l’autre côté la dimension culturelle et linguistique, avec ses coutumes et se codes, son système de croyance et son idéologie qui vont aussi former les contenus conscients et baliser les expériences.

Évidemment, il est pourtant supposé que le sujet est Un, indivisible, ce qui revient à appuyer une nette prédominance pour l’aspect social (qui a besoin d’une personne définie), plutôt que sur l’aspect organique qui peut tout à fait avoir affaire avec plusieurs modes de conscience y compris disjoints, et doit même successivement les faire exister pour assurer son existence vitale. De cette manière, le sujet est un enjeu de société, un moyen de faire pénétrer des codes sociaux dans tous les aspects du comportement. C’est exactement ce que fait la loi et l’éducation morale : formuler un langage qui génère une pression sur les attitudes intérieures, présentant des objectifs, des devoirs, des menaces et des risques, c’est à dire finalement une « norme ». Par le biais de la culture, de l’imitation, des œuvres d’art, les comportements les plus intimes vont être adoptés comme une grammaire, envers soi-même. Le fait que le sujet s’auto-discipline, réfrène et intériorise ces règles sociales, donne un aspect artificiel au sujet, comme s’il était totalement culturel. Ainsi pour certains courants de sociologie (marxistes par exemple), le sujet est une abstraction produite par les institutions de l’Etat, par la Loi et la Religion. Au mieux, le sujet dans cette optique ne s’inscrit que dans une histoire collective et ne représente rien à titre individuel.

Généralement, le Sujet est donc double, il est forcément schizophrène et son rôle est crucial pour le collectif social, mais plutôt oppresseur pour l’individu organique.

On peut donc clairement situer le Sujet sur le 3e niveau du Soi, là où une histoire et un langage organisent les conditions vitales et les comportements élémentaires, mais ce 3e niveau a des racines jusque dans le premier niveau organique, les désirs fondamentaux, les impulsions vitales qui régulent l’intégrité à tous les niveaux.

L’équilibre psychosomatique se situe au niveau du Sujet, en partie manifesté dans la Conscience et en partie formé par des forces qui le conditionnent, depuis le corps ou depuis la culture.

L’idée à retenir est qu’un Sujet, si on admet qu’il y ait quelque chose de tel, n’est pas limitable à ce qu’il croit être lui-même (expérience subjective incomplète), ni limitable à son état physiologique (d’où le respect incontournable pour les inadaptés et la non-stigmatisation du handicap), ni à ce que la culture et les institutions connaissent de lui. (limite du pouvoir descriptif du langage). Le sujet est une plage de flux et reflux entre des dimensions éloignées, qui s »inscrit dans une histoire culturelle collective et dans un héritage génétique et comportemental, dans un tissu social actuel et aussi dans sa propre représentation de lui-même.

Et c’est la source de tous les conflits intérieurs : notre image de soi est un produit culturel, tandis que notre présence intérieure est organique.

Parce que le Sujet est un produit de la signification, il est illimité et ne peut jamais s’appartenir lui-même de façon définitive. « Là où je pense, je ne suis pas, là où je suis, je ne pense pas. » Le Sujet, dans cette notion, rend superficielle la naïveté ordinaire de la « réflexivité » classique : La pensée n’a simplement rien à penser d’elle même, et on ne peut pas se connaître dans une représentation. Nul ne peut à la fois se trouver au balcon tandis qu’il s’observe marcher sur un trottoir. L’image de soi, la représentation du 3e niveau du Soi, est tout à fait produite ailleurs que les niveaux 1 et 2 du Soi, mais comme des modules pourtant très semblables : ils représentent les autres à leur façon. Et alors, puisqu’on ne peut pas vraiment dire que la « réflexivité » existe ou qu’elle serait « uniquement » du 3 e niveau du Soi, il est peut être plus sage de redéfinir une version plus souple de Conscience, et de l’étendre à tous les systèmes d’intégration synthétiques de perceptions. Les neurones sont fiat pour produire des images et pour les lire, il y a des millions de noyaux échangeant leurs contenus dans une logique largement au dessus de notre compréhension.

Développements secondaires :

Ce que la dimension du langage culturel et la loi politique et religieuse apportent comme codes et structure modèle de comportement , vient se frotter à ce qui vient des premiers besoins : partager, dormir, manger, être en sûreté, se reproduire, économiser son énergie…

Le sujet est donc un lieu de conversion à double sens : les arts et les mythes sont des vecteurs de significations qui introduisent le corps et ses dimensions organiques dans l’espace public, et qui traduisent les valeurs vitales en symboles. Le plaisir est reconnu comme le bonheur, mais avec des règles pour éviter des déviances. La douleur est perçue comme souffrance, mais aussi des pertes symboliques qui servent à maintenir le tissu familial. D’autres douleurs codifiées et rituelles sont au contraire parfois glorifiées comme des étapes initiatiques permettant un bonheur plus grand pour l’avenir. Le sexe est orienté vers l’amour ou la fidélité , pour correspondre à un ordre symbolique et social. La culture fournit des outils nombreux pour convertir les données de l’expérience immédiate en représentations symboliques dans une organisation plus large, dans une histoire collective qui interprète les valeurs fondatrices en chacun, pour chaque conscience. L’institution des rites prononce un langage qui dépasse les individus et permet leur adhésion à l’organisation humaine, soumise à des instances de production et de reproduction, politiques et religieuses. La conscience au niveau du Sujet est donc prise entre deux feux, elle est animée par des courants contraires qui agissent et réagissent , et des pressions multiples. Il est apparu que des troubles physiques nombreux peuvent être associés à la somatisation de tensions psychiques qui ne trouvent pas un cadre d’expression symbolique dans le mental, la parole ou le geste.

Ainsi , le Caractère et la Personnalité ont toujours au moins une quadruple source : l’individu organique, sa famille, ses institutions et sa propre représentation.

Il n’est pas rare dans ce contexte sous tension, qu’un « sujet » fasse des expériences de « dépression » et perde ses repères plusieurs fois dans sa vie : les flux et reflux ne permettent pas toujours de trouver une position équilibrée, une représentation assez souple et cohérente pour intégrer toutes ces forces contradictoires. On peut même dire que sans une prise en compte approfondie de ces 4 influences, évitant de déni et l’aveuglement, le sujet ne peut connaître aucune structure stabilisée. Le but affiché des institutions initiatiques est de prendre en charge le « Sujet », du fait qu’il ne peut comprendre et maîtriser ce dont il est fait. Une culture correctement organisée connaît en principe les types de crises traversées au cours des âges des individus, et peut les accompagner pour éviter trop de fractures psychosomatiques. Mais parfois, un certain nombre d’individus particulièrement déchirés dans leur rapport aux mondes multiples, prennent une place centrale et sont dotés de rôles indicateurs pour le collectif en ayant des initiations spécifiques : oracles, voyants, guérisseurs, chamanes…

S’il y a une vérité possible sur soi-même, c’est donc une production intermédiaire, un mode d’intégration à la fois physiologique et symbolique, et qui ne ressemble pas à une représentation de la pensée.

De façon générale, penser sérieusement à soi-même en tant que Sujet confronte à des problèmes conceptuels insolubles, touchant au multiple et à l’unicité, au singulier et à l’universel, au temps et à l’intemporel, et en celà c’est une très bonne manière de briser des aprioris et des schémas. En revanche, ça ne permet pas d’intégrer les tensions internes situées en deçà de la pensée, et c’est pour celà qu’existent des pratique psycho-corporelles qui rétablissent les flux de la vie sur les troubles et les blocages issus de notre histoire.

Une Conscience a des expériences, passée présentes, et anticipées.

Un Sujet à une histoire, une place et une mission de vie.

Lorsqu’on s’apperçoit que ce n’est pas la même chose, une large part de l’illusion de l’un et de l’autre peut être neutralisée, et on verra ce qui reste de vrai sans empêcher d’ailleurs les illusions de se poursuivre…

Qu’est-ce que le Transcendental ?

Le transcendantal, c’est un terme de philosophie qui a aussi une longue histoire.

Je vais essayer de faire assez simple ici.

C’est la question de la connaissance, de la nature de la conscience. Est-ce qu’elle peut émerger à partir des formes , où au contraire est-ce que toutes les formes sont toujours dépendantes d’un principe qui les dépasse : qui les « transcende » .

On peut dire que deux courants opposés se partagent la pensée classique en occident : l’idéalisme, qui penche vers une vision transcendentale, et l’empirisme qui penche vers une vision d’immanence. Dans un cas, on pose une séparation radicale entre le principe de la connaissance et ce dont elle dispose. Dans l’autre cas, il n’y a pas une séparation radicale mais une identité profonde, parfois cachée : la connaissance est inclue dans la trame même des formes, et ne les précède pas.

Pour faire court, si vous avez une variété qui est ordonnée, une structure, une forme, vous introduisez de fait l’idée qu’elle peut être vue et pensée, conçue, décrite ou manipulée. Par exemple la situation présente, et vous-même. La question c’est : est-ce plutôt vous qui êtes dans la situation, où celle-ci qui se trouve en vous-même ? Difficile de choisir, hein ?

Bon évidemment c’est un choix qu’on n’a jamais à faire parce que généralement, la situation ou la forme, c’est tout ce qui est tangible, donc on préfère être dedans plutôt qu’imaginer que tout est projeté d’en haut comme d’un programme et que notre place là au milieu est juste un truc anodin, un point de vue. Je connais pas grand monde qui peut se dire : « En tant qu’humain, je suis juste un petit aperçu que l’univers se donne à lui même à travers cette modeste existence. » Mais beaucoup de philosophes ont adopté en principe cette version.

Le Dualisme, en fait est cette position transcendantale : la diversité ne prends forme qu’à travers une perspective unique, positionnée sur un autre plan. C’est Descartes, il cherche à voir ce qui se passe si on considère que tout est faux, sur quoi s’appuyer pour avoir du vrai, il tombe sur « Je pense, Je suis ». Chez Spinoza, qui est le patron philosophique de l’Immanence, le domaine de l’expérience subjective et des formes perceptibles, au fond c’est exactement la même chose, ça se touche intimement. Le réseau relationnel des choses et la structure intelligible se confondent. Rien n’est à chercher « au-delà de… »

En général, aujourd’hui ce débat est un peu dépassé, disons que le véritable problème c’est le Corps qui semble bien être très concrètement Psychique. La Vie, l’Intentionnalité, la Conscience, semble le même problème. Le « transcendental », ça consiste à dire qu’on a des Opérations et des Projections, qui mettent en perspective les possibilités et les subtilités du monde (des Nombres), et alors c’est ces opération elle-mêmes qui sont l’esprit de ce « corps », bien qu’il y ait aussi des nombres sur le même plan. Le corps est conscient. mais le lieu de l’opération, le lieu de la conscience et de la représentation n’est nulle part ailleurs que dans le corps : il est la forme même du monde, comme on le voit, pire, c’est comme si vous avez une chose qui peut inclure tous les nombres, et toutes les opérations, et leurs résultats ensemble.

Pour la phénoménologie de Husserl, le Moi n’est jamais une autre chose que ce qui se présente à lui ( ce dont il a conscience), car il y a toute la trace de la construction du « Moi » déjà inclue dans les relations et détails subtils qui apparaissent. Il n’y a pas de « connaissance » séparée de ce qui peut être connu en direct. Ce qui est connu n’est pas différent de celui qui connaît. C’est la non-dualité, formulée et expliquée chez nous. Chaque moment de la conscience donne en crypté ce qui compose le Soi, le Sujet, de façon non-apparente mais pourtant en intégralité. En fait ça pose beaucoup de question difficiles que je ne vais pas aborder.

La réalité, bien entendue, est beaucoup plus complexe que les formules et les schémas pensables en philosophie. Rien qu’avec les données des processus que s’opèrent dans le cerveau, la façon dont les choses apparaissent et où tous les niveaux du Soi participent, cela confirme finalement certaines choses bonnes à savoir :

– la notion de connaissance peut être utilisée plutôt que « conscience », car on a vu que la « réflexivité » n’est pas vraiment possible. La notion de « simulation rétro-constituante » est plus précise, et peut s’étendre dans les systèmes sensoriels périphériques. Ce qui est délicat avec de tels emboîtements et boucles, c’est de devoir admettre que les « continuités » et les « clivages » n’ont plus rien de géographiques, et se produisent à un niveau fonctionnel. C’est à dire que la correspondance à établir entre l’aspect physiologique et psychique peut être indéfiniment long car le niveau psychique est délocalisé.

– il y a de la transcendance et de l’immanence partout dans des réseaux d’information de type « neurone », car les « choses », les « cartes » et « modules » sont toujours à la fois en train de percevoir autre chose, et en train d’être perçues elles-mêmes. Et il y a des boucles de partout, c’es très loin d’être une hiérarchie bien lisse, même si des zones prennent nettement le dessus en cas de besoin. C’est donc à la fois « en dehors » et « au dedans » de la trame que les processus de « prise de conscience » se déroulent.

J’ajouterai une remarque personnelle :

– la notion d’information n’est peut être pas pertinente pour encore longtemps. Il est difficile de savoir comment la compréhension de la physique prochaine va considérer ce point. C’est une notion déjà hybride qui repose sur un modèle dépassé des mécanismes à l’œuvre dans les deux plans, le traitement épistémique et la nature ontologique psysico-énergétique. Lorsque la notion de signification sera approfondie, et celle de signal et de rayonnement en physique, on verra changer rapidement les concepts de langage et de codage associés, et la notion d’information éclatera sans doute pour des concepts plus pertinents et adaptés à des contextes variés.

Qu’est-ce L’Âme ?

L’âme est généralement associé au principe vital , animé , qui persiste à travers le corps et l’esprit, et parfois au delà et avant la naissance.

L’idée d’âme est abandonnée avec la pensée Moderne, qui finalement de contente du Transcendental pour avoir un Témoin percevant le Monde, et de lois naturelles communes animant les processus vivants ou non vivants. La réduction mécaniste prive la nature d’une âme qui serait séparée des forces naturelles. La Physique et la Psychologie vont aborder les phénomènes sans recourrir à un élément extérieur, mais chacun à partir d’une position subjective d’observation qui reconnaît une certaine subjectivité transcendante. Quelques penseurs tentent pourtant de spéculer sur l’existence d’un « médiateur plastique » ou quelque chose qui peut influer sur la matière en dehors des lois mécaniques. L’irruption des « Champs » en physique avec l’électromagnétisme, puis les Principe d’incertitude et de complémentarité avec la Mécanique Quantique ont a nouveau soulevé des débats sur un principe nouveau, une action possible d’une transcendance subjective au sein de la matière. Mais le mécanisme a largement dominé toute la pensée scientifique : il y a des lois qui gouvernent tous les phénomènes, et si ce sont des lois indéterministe, elles sont néanmoins exhaustives et aucun phénomène ne semble nécessiter l’intervention d’un Âme. Ainsi, si Âme il doit y avoir, c’est quelque chose qui émerge au cœur de la complexité des processus vivant, donc une simple possibilité offerte par le coprs vivant.

Il y a souvent une confusion entre Âme et Esprit, parce qu’il est plus simple d’opposer les deux ensemble à la nature matérielle des choses, consistant en forces mécaniques. En fait, l’Âme a justement été distinguée de l’Esprit car elle n’est pas le contenu de l’expérience subjective, elle est ce qui peut agir à la fois sur ce contenu, et sur les mouvements physiques.

On a donc plutôt le Corps et l’Esprit d’un côté, qui sont simplement les phénomènes de l’expérience vus sous deux angles différents : par l’examen extérieur ou par l’intuition intérieure, de façon physique et psychique, et l’Âme de l’autre côté qui est ce qui agit de façon autonome sur cette double apparence des choses. Dans la Tradition, l’Âme subsiste à la mort, tandis que le Corps et l’Esprit sont détruits. l’Âme n’est pas structurée, c’est le principe stucturant, qui oriente la forme, qui crée et invente.

C’est donc un principe transcendant le Corps et l’Esprit si on adopte une vision qui sépare la manifestation de « ce qui rend manifeste et agit », mais l’âme peut aussi être vu comme ce qui émerge dès qu’un Corps peut être vivant et doté d’esprit.

l’âme peut donc être assez bien identifiée à ce qu’on appelle « Vie » aujourd’hui, c’est à dire la qualité de mouvement autonome, et la somme des fonctions qui maintiennent l’organisme dans le temps. Caractériser la Vie est devenu difficile parce que les mouvements qui opèrent à travers les formes, les structures et les phénomènes s’avèrent largement chaotiques, indéterminés et nul ne sait jamais si derrière le « hasard » , il n’y a pas des orientations et des forces intentionnelles.

La vie et le mouvement peuvent être les noms actuels de l’âme, qui serait simplement la dynamique énergétique elle-même. Parce qu’il y a une partie « potentielle » ou « intrinsèque » et « cinétique » ou « orbitale », dans toute configuration d’énergie structurée, on peut comprendre l’une comme la réserve latente et non manifestée de l’autre, et le passage de l’une à l’autre peut être considéré comme action intentionelle. Sous cet angle de vue, l’âme précède les corps et l’esprit, précède la conscience et la pensée, et correspond en fait à la nature des phénomènes eux-mêmes, le mouvement et la vie même qui opère à toutes les échelles concevable. La manifestation est en ce sens habitée d’intention et non-mécanique, et les formes ne se consitituent que par des « habitudes », des configuration d’information et d’énergie sans nécessité stricte, mais évoluant. Certains constatent des variations dans les précipitations chimiques qui vont dans ce sens. La physique quantique introduit l' »information » et la « contigence » dans les niveaux les plus élémentaires des phénomènes, laissant penser qu’une place est toujours possible pour un principe d’organisation agissant, une âme universellement présente à travers toute la matière elle-même.

Florian JOURNOT

Dharma : nature du phénomène et non-dualité

Réflexion inspirée à partir de M.Bitbol «  de l’intérieur du monde » p.69

Qu’est-ce que Dharma ?

La racine verbale Dhar : porter, soutenir, posséder

Large polysémie, avec des connotations et des valeurs variées : loi, devoir, propriété, chose, élément.

« élément d’existence » composant le monde, liste ou répertoire de catégories, mais d’un genre bien différent des catégories d’Aristote.

Regroupées en 5 skandas, ou « agrégats » :

  1. matières,
  2. sentiments et sensations,
  3. conceptualisations,
  4. formations :
  5. consciences discriminatrices.

Est-ce là des choses physiques ? Pour 1 et 2 peut être, mais le reste…

Est-ce des choses de l’esprit ? 2, 3, 5…

Est-ce des « forces » ? 4

Tout ceci constitue Nama-Rupa « Nommé-et-Formé ».

Ainsi, ce serait plutôt des champs de l’expérience, où les modes d’expérience et leurs objets se confondent.

Le (1) rend compte du Contact, des qualités contenues dans l’encontre de quelque chose :Terre renvoie à solidité, eau à humidité, feu à chaleur, air à légèreté. Mais il comprends aussi : facultés sensorielles et leurs objets sensible, audible, visuel, tactile…

Le (2) permet d’avoir une appréciation de valeur : positif, négatif ou neutre, il met en perspective selon l’agrément ou désagrément

Le (3) est le discernement intellectuel, la mise en forme conceptuelle

Le (4) renvoie au processus cumulatif lié à l’intention ou la réaction à ce qui est discerné. C’est comme le geste effectué sur ce qui est conçu et qui devient automatique : écarter, tiré, repoussé, accueilli, évité, contré, etc…Étrange à nos catégories matérielles ou psychiques : il est le groupe des « formations, agglutinations : habitude, caractère, volitions, conditionnements…mais aussi d’abstractions générales comme l’impermanence, la durée, les états d’absorbsion, le pouvoir vital…

Le (5) peut être un condensé de tous les autres, c’est l’Attention à ce qui se trouve être 1 contacté et senti, 2 évalué et jugé, 3 discerné et conçu, 4 traité et manipulé

Ainsi Dharma recouvre tant de champs hétérogènes qu’on ne sait plus du tout à quoi le comparer dans nos concepts occidentaux.

Ce pourrait être les « Formes », rangées selon le mode d’accès perceptif, et donc bien différents d’un classement selon leur « nature propre ».

Cela ressemble à une phénoménologie qu’on pourrait dire Idéaliste, ou Mentaliste. Mais il n’est pas certain que « forme ou contenu phénoménal » soit vraiment une bonne définition de Dharma.

Un phénomène c’est quoi ?

Selon la vision actuelle, héritière du dualisme Esprit-Corps, c’est une association entre physique et psychique, un processus qui engage A : la perception et B : la signification, mais dans un même mouvement. Commençons par entrer dans chaque aspect avant de voir le mouvement général :

En A, il y a la correspondance du reconnu, du perçu à une structure d’objet (perception) une pré-incorporation du vécu qui est déjà une tournure du psychisme orienté vers les données physiques, c’est à dire un lieu d’actualisation : Ceci arrive là : en dedans, en dehors, dans tel canal déjà prêt ou non, à recevoir quelque chose, à l’associer à un schéma d’objet plus ou moins connu. C’est le Corps comme pré/post – psychique qui forme et donne la perception, car la perception est déjà un résultat du psychisme et aussi sa source, mais là c’est dans le corps que la perception s’inscrit et se manifeste. On voit que ce corps est déjà vivant, mais il y a là une large part d’automatisme, et le psychisme habituel ne contrôle pas ces étapes directement.

En B : il y a la présence d’un flux subjectif (signification) qui oriente la perception et ses objets dans un contexte plus large selon l’intégration et l’intériorisation possible, la possibilité et la qualité de la conversion de l’expérience en information significative, autrement dit l’interprétation. C’est le psychisme comme pré/post – Corporel qui forme et donne l’interprétation, qui est orientée par le corps et sa disposition, et va ensuite le transformer dans l’action, mais c’est bien dans le psychisme que l’interprétation s’inscrit et se manifeste, car ici le symbolique et l’imaginaire, l’histoire personnelle et les formations mentales, habitudes, caractère entrent en jeu de façon explicite. S’il y a des automatismes, on peut établir pourtant que ce domaine psychique se déroule en bonne partie de façon abstraite et isolée de la situation immédiate : il est déjà localisé dans un langage et des structures largement conditionnées par le passé et s’il se déroule dans le présent, on peut considérer que ce n’est pas le flux des données sensorielles du présent qui l’alimentent mais un système de repères, et des principes organisateurs indépendants de la situation.

Pourtant on ne peut pas exclure que le domaine psychique soit en fait très largement un aspect des structures organiques et donc corporelles, des équilibres hormonaux ou chimiques qui tendent à se maintenir sur la longue durée à travers le corps. Ce qui semble être notre identité s’y manifeste plus directement, mais l’identité elle-même a des bases corporelles explicites, et le sentiment de présence, d’être ainsi ou comme cela, d’être en contact avec soi-même ou non, provient d’une organisation des flux sensoriels et corporels. On ne saurait donc vraiment distinguer le psychisme et le corps, sinon que l’un ne parvient jamais à être compris comme un simple aspect de l’autre, on sait simplement que l’un comme l’autre sont le produit de gammes de processus suffisamment vastes et complexes pour que, à la limite il y ait une correspondance totale. N’oublions pas que si nous pouvons penser à la biologie qui se déroule dans notre corps, sans pour autant agir dessus directement ni l’expérimenter directement, c’est bien que cette pensée n’est pas adéquate, et que la véritable manière de comprendre la biologie telle qu’elle se déroule et se produit relève d’une autre expérience que n’atteint pas la représentation mentale. Il est donc tout à fait normal que cette idée incomplète du corps, ne puisse pas pour l’instant rendre vraiment compte des processus psychiques…

Mais on peut contester que ces deux temps corporels et psychiques du phénomène suffisent à rendre compte de tout ce qui se manifeste. Par exemple, l’écart entre la quasi-mécanicité du corps et celle du psychisme ne justifie pas pour autant une séparation en deux. Un aspect peut primer sur l’autre. – Dans ce sens l’école spiritualiste (cittamâatra, idéalisme indien) comprends la manifestation comme un déroulement cognitif global, la matière et le corps n’étant dans ce cas qu’une forme apparente, superficielle, de la réalité. Tout est Esprit, et toute forme a comme support l’intuition, tout processus est intentionnel, mais en ceci ils sont aussi des simples reflets et apparences. La physique est absorbée dans une psychologie généralisée. A noter qu’il y a des versions unifiées où l’Esprit est Unique (l’âme est universellement Une), et des versions laissant la multiplicité absolue exister (singularité , ipséité, de chaque expérience), mais c’est moins fréquent. Dans un cas ou dans l’autre, le sens de « esprit » est finalement tellement dominant qu’il perd son caractère essentiel : l’intériorité et l’intention. Car, si tout est fait d’intériorité, que tout se déroule en fait à l’intérieur, il y a alors différents niveaux d’intériorité , à emboîter à la manière des éléments chimiques avec des dépendances et des lois, qui reviennent à reformuler une vision matérialiste.

Toujours dans ce sens où un aspect prime sur l’autre, l’école matérialiste (sarvastivada, atomisme bouddhiste ancien) insiste sur la choséité et l’indépendance de toutes les formes, y compris les plus psychiques ou subtiles. Il y a un être réel en toute chose, qui détient son essence, un passé et un futur spécifique, même des qualités secondaires comme les aspects sont dotés de consistance et sont des substances ayant leur propre existence. Tout ce qui est psychique se trouve ainsi formé comme une matière, un emboîtement. A ce moment de la théorie matérialiste, on peut dire que la matière perd son caractère de dépendance aux lois et l’inertie des formes : elle devient nécessairement vivante et dotée de connaissance, d’intention, et rejoint une vision spiritualiste multiple.

Mais d’autres possibilités que le deux ou le Un sont envisageables.

Pour une vision ouverte, la reconnaissance de la matière et de l’esprit, de leur relation, n’est qu’un aspect parmi d’autre. Il y a des caractérisations plus larges qui peuvent absorber esprit et matière dans un autre visage du phénomène. La philosophie s’est intéressée à la notion d’être, à une distinction fondamentale entre Être et Etant (Heidegger), laissant indéfinie la séparation entre matière et esprit, mais orientée plutôt vers une tournure spirituelle ou du moins subjectale (car Ek-sister ou connaître l’Etre de l’Etant revient à appréhender l’Ouvert, la Question, et en fait à Penser). L’existentialisme ou le pragmatisme sont des formes de théorisation « souples «  qui contournent l’ontologie pour remettre la définition des phénomènes dans un contexte vivant et intentionnel, et non pas abstrait et formel. La dialectique se poursuit donc dans des ontologies multiples et évolutives, le sujet et l’objet dépendant l’un et l’autre de formes moins saisissables comme le contexte, la situation, la perspective. On trouve aussi une caractérisation du phénomène qui échappe à la dialectique, à travers la notion de Mouvement Intrinsèque, ne permettant ni d’afficher une subjectivité interne, ni une objectivité constituée, car c’est le mouvement même qui précède ce qui est en mouvement. Les qualités ou étapes du mouvement priment alors sur la définition, la reconnaissance ou la caractérisation des phénomènes, tout comme la musique précède son écriture et même son éxécution. La nature du mouvement, penche plutôt ici dans une orientation objectiviste, mais délaisse la dialectique pour s’intéresser à un usage, une pratique. A la différence du pragmatisme ou e l’existentialisme, il n’y a pas lieu de relativiser, de remettre en perspective : l’immédiateté constante du mouvement ne laisse de choix que d’y entrer ou de rester suspendu au dehors, et pourtant le mouvement ainsi hypostasié se trouve de fait libre et non déterministe, car antérieur aux lois qu’on peut y déceler. Cette vision est assez proche d’une lecture « énergétique », qui ressemble à une interprétation de la pensée chinoise telle que F. Jullien tente de décrire, mais aussi toutes les écoles de la « non-dualité » qui refusent tout autant l’Un que le Multiple, et s’exercent à penser mais surtout vivre en accord avec un principe « naturel » contenant et soutenant toutes les formes, sans poser ni leur consistance propre ni leur nullité. C’est la « vacuité de la vacuité », celle du vide de toute interprétation s’écartant de la simple compréhension et participation immédiate à ce qui arrive.

M.Bitbol pense donc qu’il y a dans les « agrégats » des Dharmas, une trace de pensée non-théorisante , qui ne doit pas être pensée comme une ontologie spiritualiste ou naturaliste, ni comme une métaphysique spirituelle. C’est au niveau de l’expérience qu’il faut comprendre les dharmas, mais non pas d’un modèle de l’expérience, non pas une théorie de l’expérience, mais un instrument de repérage de ce qui se présente en vue de dépasser l’habitude cristallisante et latente de la pensée. La crispation sur des « êtres existants en propre » ou sur une « subjectivité-support-de-l’expérience » est déjouée, il n’y a pas de place pour le spiritualisme ou le naturalisme (matérialisme) dans ce langage entièrement tourné vers la possibilité de s’éveiller à la non-dualité, la dé-différentiation, le déconditionnement. Les dharmas seraient des « moments d’élucidation qui préludent la cure », des « cristallisation naissantes et temporaires » exposées de manière à ne pas s’attacher. La formulation des dharmas est déjà un moyen « de s’affranchir des concrétions conceptuelles et ontologiques ». Les dharmas ne peuvent plus être envisagés comme « permanents » ou « substantiels » lorsqu’ils sont saisis comme des manifestation subites de simples propriétés qualitatives.

 

Florian JOURNOT