Débutant depuis 20ans dans la méditation, devant l'immensité qui est toujours ouverte à travers cette pratique... Pour changer un peu de la énième description de la méditation calquée sur tant d'autres... Je voudrais aborder de façon un peu iconoclaste ma perspective actuelle, pour ceux qui ont découvert cette merveilleuse pratique, et se demandent comment aller plus loin. Je vais peut être contredire ce qui vous a été raconté par ailleurs et prendre un ton polémique ... prenez ça avec le sourire ! Ce ne sont que des regards. Lorsqu'on aborde des choses essentielles comme la méditation, on se doit d'être direct, sincère et franc, tant que ça encourage à mieux connaître la pratique. Aujourd'hui les pratiques de méditation semblent largement connues et répandues, parce qu'on les a reconnu et qu'on en parle. Ce n'est pas le cas. Vous constaterez aisément que 95% de ceux qui pensent que "oui c'est très bien de méditer !", ne méditent pas plus que ceux qui s'en fichent totalement. Pas même les moines Bouddhistes ! Les célébrités, les ouvrages et revues bavardant sur la méditation font bien peu appel à de la engagée. En fait, la méditation est abordée comme un simple moyen de régulation, pour ne pas dire une des modes du bien-être, alors que c'est beaucoup plus que cela. Alors pourquoi presque personne n'y va franco ? C'est un peu long à expliquer, mais ça se comprends et on verra plus loin pourquoi. Même après 2 ou 3 retraites intensives - et c'est déjà pas de la tarte ! - il est rare de méditer de façon à la fois intense et régulière. Les témoignages de praticiens avancés sont assez rares. Bref, si vous pratiquez vraiment la méditation, vous arrivez dans un monde d'expériences largement méconnu en occident... Yoga, Vipassana, Mindfullness... beaucoup savent que c'est excellent, et se renseignent dessus. Une pile de bouquins, un stage peut être et après ? Ce qui manque à beaucoup, c'est effectivement de pratiquer ! Un cours, une journée, par-ci, par-là... on croit que la régularité est plus importante que l'intensité. Et bien ce n'est pas le cas. Une retraite de 5 à 15 jours continus vous fera connaître une qualité de pratique inaccessible avec des années de pratique de courte durée (séances de 2h), et occasionnera des processus durables de transformation. Une plongée de 15 à 30 jours va largement bouleverser la manière dont vous pratiquiez auparavant, mais surtout bousculer une somme conséquence de préjugés sur vous-même et le monde. Face à un système mental en défense permanente, seule une pratique à haut rendement peut déverrouiller quelques fenêtres importantes. Alors, là, en général, on se moque en disant : "oui, mais c'est pas un challenge, on essaie pas de se surpasser, pour méditer c'est l'intention juste qui fait la qualité, etc." Hihi, bien tenté, mais non ! Si effectivement tout objectif de parvenir "ailleurs" est nuisible en méditant, et qu'on n'obtient rien de plus à se comparer à soi-même au cours du temps, il est pourtant évident qu'il y a des grandes transformations qui sont possibles par la méditation (pas seulement), et que la qualité de méditation existe, et se forme avec une expérience intense de soi-même. Il y a donc une forte détermination à avoir pour une pratique conséquente, donc une motivation ... Il y a des degrés de concentration, et aussi des qualités de présence à soi...et celà , c'est le temps continu et l'intensité qui l'apportent, donc la détermination à effectivement se livrer à ce "défi personnel" de la "retraite". C'est chose entendue que tout ça vaudra pour un temps, et devient comme tout, un jour, dépassé. Mais si vous refusez de vous apporter l'expérience directe, personne ne le fera jamais pour vous. En fait, l'attitude visée ressemble toujours à quelque chose comme : "S'installer dans sa propre présence, relâcher ses attentes, être attentif et accueillir ce qu'on ressens, ce qui se déroule en nous..." Mais concrètement, le contenu vécu de cette expérience, se résume pour presque tout le monde à rester ouvert et disponible à son présent 25 secondes, puis à gamberger pendant quelques minutes, avant de reprendre. Or, seul le flux intense des sensations peut combler le sentiment d'être là, au lieu de penser. De plus, ce qui est là, à constater au dedans de soi , évolue au cours du temps. Selon les années d'expériences , sans doute, mais surtout selon le temps en heures passé à méditer durant les derniers jours. Et c'est là que la notion de "retraite" prends toute son importance. La 50è heure de méditation de la semaine, ne pourra jamais être comme la 50e heure de méditation dans les 3 derniers mois. Et ça, ce sera pareil pour un méditant qui a 20ans ou 2ans de pratique. Si un praticien de longue durée peut vraiment attribuer son évolution à la méditation, c'est qu'il a pu bénéficier de périodes intenses. Et par ailleurs, la plupart de ceux qui ne font pas de retraites, laissent tomber la pratique ou bien la déforment avec des idées sous-jacentes, pour le confort. C'est ainsi, évoluer signifie accepter de changer son confort... C'est simplement pour faire la part des choses. Il y a ce qu'on voit avec des bouteilles à 500m de fond, mais en apnée à 8m, c'est impossible. Pour faire simple : si vous n'allez pas vivre dans un lieu de retraite de méditation intensive pendant quelques jours, il est probable que vous n'obtiendrez jamais de résultat important de la méditation. C'est dit ! Et en même temps, c'est un choix qui en vaut un autre...et chaque chose en son temps. Il reste que bien sûr, la pratique s'entretient et vous allez inévitablement vous gripper dans votre faculté à vous concentrer à percevoir, à écouter la vie en vous-même, si vous ne pratiquez pas régulièrement après une retraite. Dans la pratique intense, une bonne dose de volonté et de discipline est requise au départ, mais très vite récompensée, par des bienfaits très rapides ! La technique elle-même compte aussi. Il y a des pratiques immobiles (Vipassana), en postures (Yoga), ou combinant les deux (Minfullness). Il y a des pratiques sur des actions spécifiques (QiGong), ou sur toutes les actions ordinaires (marcher, manger, travailler...). Ce sont des processus différents et complémentaires qui sont à l’œuvre. Petit souci : en général un enseignement va privilégier l'un ou l'autre. Mais déjà, si l'attention et l'accueil véritable du ressenti est mis en avant, ça fonctionne ... bien mieux que si vous restez avec des représentations, et des attentes. En général, les indications supplémentaires (visualisations, sons, histoires, couleurs) sont surtout là pour occuper le mental dans un état qui respecte la méditation, mais y contribuent assez peu, tandis que les sensations immédiates, sentiments, et l'accueil attentif et inconditionnel que vous y portez, va vraiment contribuer à éveiller des processus transformateurs. En même temps, il n'est pas toujours pertinent de s'ouvrir à la transformation, si votre intention est autre, car ce n'est pas toujours confortable et vous cherchez peut être le calme, le bien-être et la détente. Vous voulez juste être mieux dans ce que vous savez déjà être ? Alors, vous trouverez sans doute ailleurs que dans la méditation des pratiques plus directes et vivantes pour sortir du mental, et trouver la légèreté détendue dans votre constitution actuelle. Idéaliser une pratique ne mène à rien : le must pour vous, c'est toujours ce qui est dans vos cordes. Dans ce cas, ne pratiquez la méditation que si vous y prenez rapidement un plaisir naturel, sans quoi vous perdez votre temps à vouloir vous détendre tout en vous rigidifiant sur le fond. Avec la méditation, on peut obtenir en fait une toute autre qualité de vie, mais ça signifie aussi être prêt à ouvrir des espaces en soi-même déjà pleins. Pour certains, recouverts par des nœuds, impacts forts, et autres défenses psychophysiques , la transformation ne sera pas de tout repos, et risque de faire fortement remuer l'émotion. Etre prêt à la vivre, c'est donc être prêt à laisser tomber des rigidités, qui pour l'instant semblent indispensable à votre vie pour tenir debout. Ces phases de maturation, de tenir, puis de lâcher, sont incontournables, qu'on le veuille ou non. La méditation est un outil extraordinaire pour transformer les difficultés et les turbulences intérieures en force de vie, et fluidifie largement les processus qui grincent à l'intérieur de nous dans les périodes difficiles. Mais parfois d'autres méthodes doivent prendre le relais, car on butte sur des obstacles trop importants en essayant de méditer. Ca peut faire peur de le provoquer l'inconfort, quand il ne se présente pas de lui-même. Méditer, ou intensifier sa méditation, c'est parfois rencontrer des résistances profondes. On fait avec, ou bien on fait autre chose ! Même quand on connaît la joie et le bien-être d'après une bonne retraite, notre esprit ne souhaite pas se retrouver en terrain instable. En clair, ça fait flipper. Et c'est normal, et c'est ainsi que la vie apprends à évoluer : mais c'est comme s'acheter des habits, et préférer les garder en souvenir alors qu'ils sont trop petits depuis des années. On cultive une image de soi-même, encore plus forte que le vrai contact avec soi. Sur le plan de l'identité, on n'aime pas trop les surprises... Lorsqu'on a intégré n'être en fait qu'une partie d'un flux vivant qui ne dépend pas du "Moi" ni du "surmoi", on délaisse toute image construite, et il devient plus simple d'aller en contact avec les zones incertaines. Ainsi, méditer intensément est plus accessible lorsqu'on reconnaît dès le départ notre ignorance sur soi. En faisant confiance à la vie pour nous révéler profondément ce qu'on est, pour nous intégrer dans l'univers plus intensément que ne l' a fait jusqu'ici notre éducation et notre histoire. En définitive, l'engagement dans quelque chose qui nous dépasse , est l'obstacle de la méditation pour un esprit "qui veut s'en emparer". Comment conjuguer la détermination et l'humilité ? Par la Constance. Mais la pratique, en ce sens, nous fait rencontrer notre propre foi, quelle qu'elle soit. Quel que soit votre Dieu, votre principe ultime, la méditation vous y ramène ou vous le fait découvrir, car vous n'aurez pas grand chose d'autre comme repère pour votre expérience dans ces zones. Quoiqu'en disent les scientifiques, méditer n'est pas quelque chose de compréhensible avec notre regard actuel, et touche, quelque part, à la nature de la rencontre du sacré : à l'indicible réel qui nous ramène à lui, à le vivre vraiment, sans pourtant le comprendre. Mais lorsque cela se passe vraiment dans vos cellules, il n'est pas question de se baser sur la simple volonté ou un désir superficiel. Il y a des repères à rétablir, sous nos prétentions ordinaires à vouloir. Etre honnête, et reconnaître avec confiance, que la vie "sait" mieux et "connaît" mieux que quiconque ce qui est juste...c'est avantageux ! Réalisez que la plupart des choses que la société nous conduit à vivre, n'existent que pour consolider une "image de soi-même" qu'on espère ajuster, affiner et contrôler, en "réussissant" selon des "modèles". Même pour les gens qui se croient "spirituellement évolués". Et bien, c'est comme si la méditation nous apprenait que toute cette agitation autour de notre image, n'est qu'un château de carte qui ne repose sur rien, et nous amène à plonger dans notre présence réelle, dans la dynamique profonde qui s'anime en nous... et qu'il va falloir commencer à connaître un peu mieux. Par chance, on est vraiment revigoré et rafraîchi avec la pratique... Mais la sincérité n'est pas le point fort de notre "cerveau prestidigitateur" qui fait passer ses exigences de cohérence narrative avant le besoin d'unification de l'être. "Méditer et vivre devient une seule chose avec le temps." Ça se dit souvent, mais ne se pratique pas ainsi ! Oui, il y a quelque chose de très juste. Mais là c'est aussi très facile de se leurrer, et donner une couleur ou une attitude méditative à n'importe quelle pratique en s'imaginant que la méditation s'arrête là. Ou en croyant que ceux qui sont "décomplexés dans leur action et pleinement présent" sont dans la méditation de la vie. En effet, Sentir le dedans et le dehors réunis en soi, et Accueillir l'immédiat, est praticable dans des activités nombreuses. Mais à ce compte là, tout le monde médite déjà, car c'est ce que fait le corps vivant en permanence, sans quoi de gros soucis surviennent très vite. Or, tout est dans la disposition avec laquelle notre esprit est effectivement relié et continuellement nourri de ce flux vivant, et l'emploie dans l'existence. Il y a bien une méditation naturelle que tout le monde connaît au quotidien à travers son corps. Mais qui l'écoute et est connecté dessus ? Et ça, ce n'est jamais acquis, et peut cacher des illusions encore latentes qui auront leur temps pour se transformer, à leur tour, même pour des personnes très accomplies. La dimension singulière de chacun, incomparable, reste invisible si on y prête pas attention. Il est évident que l'esprit du quotiden est submergé d'éléments parasites et habitudes, et ne laisse le corps s'exprimer dans le bocal mental que dans des modes très spéciaux : besoin vital, douleur, plaisir, imagination et rêves pertinents. Mais ici, ne croyons pas que la "libération des illusions" soit le but ultime, et l'éveil un abandon de toutes les croyances, une fuite des conditionnements . Bien au contraire, accepter la composante illusoire de la vie, et accueillir nos structures de croyances est la base de toute la pratique méditative. Il est simplement évident que tout ceci est transitoire, et s’agripper inconsciemment à des choses désuètes empêche de trouver la paix et la fluidité dans la danse du vivant.... Je considère simplement qu'aucune attitude méditative n'est stable ni même acquise... et tôt ou tard la vie elle-même rendra désuète les formes actuelles de notre pratique, tout en nous apportant son lot d'habitudes à la fois pratiques et limitatives. C'est le jeu ! Pratiquer dans le cours de la vie, et aussi pratiquer "spécialement", dans des temps hors de l'activité, reste donc le moyen le plus simple d'entrer dans une pratique durable...et évolutive. (...) Ayez l'audace, l'occasion de vous en remettre totalement à la Vie, où à ce qui est pour vous Dieu, l'Univers. Comprenez que vous participez déjà à cette vie, et ce don et cette disponibilité totale sont au fond, très naturels. Ceci se déroule ici même, en vous, à travers votre corps et vos sens. Il suffit d'écouter, de laisser ceci prendre place. Permettez à votre expérience, ce jour là, de laisser se perdre toute attente. Permettez-vous de recevoir à chaque seconde une trace de l'infini en dedans, et d'accueillir quelque chose d'immense ou minuscule, d'inconnu ou d'évident, qui vienne de l'immédiat, de votre corps, de votre présent. Prenez le temps de le faire vraiment. Un jour. Toute la journée. Chaque seconde. Quoi qu'il arrive, maintenez jusqu'au bout cet Accueil et cette Sensation de vous-même. Même dans une complète déstabilisation. Vous y survivrez, et le lendemain, sera le premier jour du reste de votre vie. Voilà, ce n'est que paroles bien sûr. D'autres remarques dans ce style sont consultables ici dans le blog.

Méditer, c'est être attentif à ce qu'on ressens à l'intérieur, à travers son corps.

 Que faire, Que voir ? Inutile de chercher quoi que ce soit, l'essentiel viendra de lui-même !

Etre attentif, sans se détourner des sensations, c'est permettre à quelque chose de totalement nouveau de se produire dans notre vie.

Le monde entier provoque l'extinction de notre vigilance, par habitudes et mécanismes.

Par l'attention, nous transfomons le monde entier, par ce que nous sommes réellement, et qui n'est pas une machine.